Heure de réveil : 6h27 (ça doit faire plus de 10 ans que j’ai pas aussi bien dormi 🤔)

Hier, on était le 14 décembre et c’est la première fois que je déprime pas à mort un 14 décembre. Le 14 décembre, pourtant (je ne sais pas si c’est la vraie date mais le moi de 4 ans a décrété que si) c’est le jour où ma maman nous a pris sous le bras, collé-es dans la voiture et roulé toute la nuit pour passer de Lozère en Lorraine en un voyage sans retour et sans mon père.

Mais non, ça va. Va comprendre les subtilités de ma psyché féminine déviante ET BIM retour à la psychiatrisation des femmes ceci était une transition involontairement pratique.

On en est au #4ème volet, il est possible qu’on ait un #5 ème sur “Elle doit être folle”. J’ai du breakcore pour me motiver à pas rester mille ans sur une prise de tête.

Le texte en question de Jennifer L. Reimer : https://www.zinzinzine.net/elle-doit-etre-folle.html (chaque citation avec 🐦 correspond à ce texte)

Rappel :
TPH : trouble de la personnalité histrionique
TPB : trouble de la personnalité borderline
TPD : trouble de la personnalité dépendante
TPA : trouble de la personnalité antisociale

⚠⚠⚠ Je ne parle pas de la réalité du trouble tel qu’il est vécu mais bien du diagnostic effectué ⚠⚠⚠

⚠⚠⚠ Je ne suis pas non plus psy (et les précisions sont bienvenues) ⚠⚠⚠

⚠⚠⚠ A #6 cette intro fera 500 mots ⚠⚠⚠

⚠⚠⚠

🦈🦈🦈

Hier, après un détour inattendu chez Monique Olivier et Michel Fourniret, on est resté-es sur :

🐦 “Chacun de ces trois troubles de la personnalité se focalisent sur un certain type d’«émotivité» pathologique des femmes. Le TPH pathologise largement l’«émotivité exagérée et théâtrale», le TPD pathologise «le caractère craintif et l’impuissance», et le TPB est considéré responsable de la pathologisation de la «colère» des femmes, qu’elle soit «inappropriée», «intense», ou «difficile à contrôler».”

L’autrice s’attarde ensuite sur la colère, le plus menaçant de tous les traits. Une meuf ça crie pas. Enfin si, mais si ça crie, elle est folle. Une meuf se met pas en colère, hurlement ou pas. Une mère qui galère avec sa poussette dans la rue n’a pas le droit de s’exclamer “Oh et merde, tu fais chier, Georgette, sans déconner, replie toi maintenant ou tu finis à la décharge !”. L’exemple est très précis car j’ai évidemment testé pour toi. Je suis une colérique, il semblerait. J’ai des moments d’énervement qui peuvent aller jusqu’à, ouh, abandonner mon caddie plein de courses à la caisse, déchirer rageusement des dessins, détruire cette foutue voiture rouge en plastique qui ulule la nuit en la jetant contre le mur ou juste répondre de manière à ce que l’agacement soit tout à fait ostensible. La dernière fois, j’ai hurlé sur la bagnole qui nous a coupé le passage piéton, à pleins poumons. J’ai aussi hurlé sur un vieux qui se moquait du petit et moi. “Non mais espèce de connard, ça va bien la vie ou comment ça se passe, tu te prends pour qui, mais dégage espèce de déchet !”

Donc. D’expérience. Hurler, être impulsive, ça marche moins bien quand tu es perçue comme une femme 🤔

Photo de Noah Buscher sur Unsplash

 

Je radote ce souvenir de mon cher et tendre, sortant de la voiture en pleine circulation pour engueuler deux connards qui n’avaient pas supporté qu’il les klaxonne alors qu’ils traversaient en diagonale et qui avaient donné un coup de poing dans ma vitre. J’ai eu assez peur, les deux étaient bien vénères et le mien était bien vénère aussi (si tu ris, c’est que tu connais le personnage), j’ai vraiment cru qu’ils allaient se mettre sur la gueule et j’étais moi-même assez mécontente car on avait un enfant de 3 ans à l’arrière. Ok, ce qu’ils savaient pas c’est que je suis également capable de violence, surtout si un proche est impliqué. A nous deux on les aurait défoncés je pense.

Si moi j’avais arrêté la voiture en pleine rue, si j’étais sortie insulter ces deux types en ayant un enfant à l’arrière, il y aurait eu plusieurs réactions. Le rire, déjà. L’incongruité devant cette femme qui prend à parti plus fort qu’elle. Puis la consternation, puis la désolation. Allez, mamie, rentre chez toi avec ton gamin, tu fais peur à personne.
👆 Cette incrédulité face à ma violence m’a toujours été assez utile pour l’effet de surprise qui permet d’envoyer le premier coup.

Bref.

Une meuf c’est tout doux et réconfortant et moelleux, c’est pas agressif ou violent. Et si elle est agressive, la sentence est rude. “Tu te comportes comme un mec” m’a-t-on déjà dit, et je pense que cette phrase résume bien l’inadéquation entre la féminité et la colère.

Chuck Norris approuve ce message.

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La violence, c’est donc pour les hommes. Si je te parle d’un mec en prison pour avoir tabassé un autre mec à mort, tu cilles pas. Si je te parle d’une femme qui a transformé son mari en gigot cuit 7h à 180°C, tu te d…bon ok j’admets c’est un exemple too much mais tu vois le deal.

Les cris, l’agressivité sont forcément pathologiques. Et j’ai moi-même cherché l’explication de mon impulsivité dans ma bipolarité, tu vois. On peut pas juste en avoir plein le cul, non, faut le justifier. Mon dulciné peut être assez agressif, plus agressif que moi, personne ne l’a jamais envoyé se faire soigner.

Je SAIS que j’ai déjà parlé de la violence des femmes précédemment, souvent, car c’est un des thèmes que j’aime traiter : la perception des femmes criminelles et leurs diagnostics genrés.

👉 Note : les personnes racisées, quel que soit leur genre, sont souvent perçues comme “trop” agressives, parlant trop fort, une vraie menace pour la société. On réduit au silence les dominé-es en les pathologisant ou en faisant de leur colère une anomalie illégitime. Cf. la perception de la dangerosité qui mène à des assassinats policiers rendus légitimes par la magie du Grand Lapinou Rose des Ténèbres.

🐰🐰🐰

Une autre réaction fréquente à la colère des femmes est “mal baisée”. Une femme mal baisée devient aigrie et pourrie, tandis que les incels sont plaints par leurs comparses. “Rholàlà tu m’étonnes, la frustration ça rend fou”. Merde, effectivement, si toutes les femmes frustrées se mettaient à s’acheter des armes, beaucoup ne dormiraient pas tranquilles 😱

[place ici la vanne de ton choix sur les très grandioses et légendaires performances cismasculines au lit] [ou ailleurs, hein, je connais pas ta vie]

C’est rigolo, c’est comme si on hypersexualisait les femmes tout en les hypersexualisant. T’as UNE fonction, UN devoir, c’est celui-ci. Alors, une femme qui aime prendre soin d’elle, qui a une attitude un peu “too much”, qui s’habille sexy, qui aime séduire et séduire encore, qui ne veut pas fonder un foyer, préférant la diversité des relations, c’est une hystér…histrionique. Parce que c’est anormal. Une femme, une vraie, c’est sensé aimer ça mais pas trop, et surtout avec une seule personne à la fois.

Hier, j’ai maté une redif de Faites Entrer l’Accusé sur Didier Lacote. Je vais pas te raconter l’affaire, juste les prémisses : une femme bafouée est accusée d’avoir tué son mari volage. Sur toute l’intro du personnage de Didier Lacote, on a des références à sa vie sexuelle débridée (clubs libertins, applications de dating, rencontres fugaces en lisière des bois…) en parlant d’une Odile Varion au rebut chez elle. Si les rôles avaient été inversés, Odile aurait pu être tuée par n’importe qui, parce que la punition pour les femmes adultères c’est la mauvaise rencontre. Ici, elle est coupable, forcément, qui pourrait supporter un type comme ça ? (pas moi)

On connaît le double standard. Passons à la suite.

Photo de Jonny Gios sur Unsplash

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🐦 “Un des concepts les plus cités dans le champs des études des femmes et du genre, mentionné plus tôt comme étant un cadre théorique important, est la socialisation différentielle des enfants mâles et femelles. Alors que les garçons sont encouragés par les agents de socialisation primaire et secondaire à être indépendants, sont moins aidés lorsqu’ils apprennent de nouvelles tâches, et sont moins réconfortés lorsqu’ils pleurent ou sont frustrés, les filles sont plus dorlotées, plus aidées, plus encouragées à dépendre sur d’autres pour les besoins émotionnels, physiques, et psychiques, ce qui leur apprend en dernière instance à être, dans un certain degré, dépendantes. Ainsi, il n’est pas surprenant que la plupart des individus que les psychiatres jugent comme étant entré·es dans le domaine de la dépendance «pathologique», soient des femmes.”

J’ai du mal avec les appellations “mâle” et “femelle” couplées avec “socialisation” car ça me laisse un vieux goût de TERF dans le fond de la bouche et c’est assez désagréable, même si, effectivement, on n’élève pas nos filles de la même manière qu’on élève nos fils, indépendamment de leur identité de genre et en suivant le guide de Laurence Pernoud.

Dans tous les cas, on peut le constater sans difficulté : une femme est sensée paniquer devant une perceuse (c’est mon cas, je juge pas) et ne pas savoir couper une planche en deux (c’est aussi mon cas mais ça tient surtout à ma maladresse proverbiale). Une femme artisane dans le BTP, ça existe, mais on les attend plutôt côté couture, maroquinerie et joaillerie que dans le coulage de béton.

Je ressens cette dépendance, oui. J’ai besoin qu’une autre personne que moi fasse des trous dans le mur. Pourtant, j’adore bricoler et je me suis déjà fait des blessures épiques, mais mon premier réflexe, hier, pour poser la tenture dans la chambre, ça a été “je vais jamais réussir toute seule”. Et j’ai échoué lamentablement, bien sûr.

C’est ce dont je parlais dans un des épisodes précédents : on fait tout pour rendre les femmes dépendantes et on s’étonne ensuite qu’elles soient dépendantes. Même principe que pour le sexe : on fait tout pour hypersexualiser les femmes mais on les pénalise lorsqu’elles profitent de la vie. Une femme trop soumise sera trop soumise, mais une rebelle sera trop rebelle.

Pile tu gagnes, face je perds.

La dépendance est organisée, puis sanctionnée. L’appétit sexuel l’est tout autant, de même que les comportements évitants et la soumission. On nous inculque quelque chose qu’on nous reproche ensuite, comme si ces valeurs là étaient des variables d’ajustements du contrôle sur les femmes. Toujours à la limite, trop haut, trop bas et c’est l’infamie, la pathologie.

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🐦 “Un certain nombre d’études conduites dans les années 1980 démontraient une comorbidité significative entre les trois troubles de la personnalité «féminins». De plus, menant au DSM-III, les projets concernant l’étiologie du TPH incluaient la notion que la condition était caractérisée par la dépendance. Évidemment, cette idée fut retirée de la publication pour réduire le chevauchement entre le TPH et TPD. Ce changement, comme beaucoup dans le DSM, a été fondé non pas sur la moindre scientificité, mais était une question de commodité pour ces auteurices, donnant à leur cadre une apparence plus concise et moins complexe que la vérité ne le voudrait.”

T’imagines ? Si on était dans la cohérence on serait obligé de mettre “Etre une femme” dans le DSM. Ce serait pas très discret, on est d’accord. Mais, hey, ça pourrait, en fait.

🐧 “La force, la ténacité, la compétence, le potentiel sexuel, l’indépendance, la dominance et l’agressivité constituent les attributs essentiels de la masculinité (comprise ici comme masculinité socialement valorisée). La féminité traditionnellement valorisée s’oppose aux attributs masculins : douceur, beauté, soumission, dépendance, repliement sur soi, finesse, souplesse en sont des attributs historiquement construits et constitutifs.”
(Image du corps, idéal corporel et féminité hégémonique chez les enseignantes d’EPS – Geneviève Cogérino and Marie Mansey)

🐧Les traits qui reviennent comparativement plus souvent que les autres, bien que selon des réserves variées, dans les différentes théories sont : la passivité, l’émotivité, le manque d’intérêt pour l’abstraction, une plus grande intensité dans les relations personnelles, et une tendresse instinctive pour les nouveau-nés.
(Le caractère féminin, critique d’une idéologie -Viola Klein, Traduit de l’anglais par Ève Gianoncelli)

On joue ?

☠️ Douceur = TPH, TPD
☠️ Beauté = TPH as fuck
☠️ Soumission = TPD
☠️ Dépendance = TPD, TPH, TPB
☠️ Repliement sur soi = TPD
☠️ Finesse, souplesse = ?
☠️ Passivité = TPD
☠️ Emotivité = TPB, TPD, TPH et n’importe quelle trouble de la personnalité associé aux femmes
☠️ Manque d’intérêt pour l’abstraction = On est nulles en maths car superficielles, TPH
☠️ Intensité des relations personnelles = TPB, TPB, TPB et TPH
☠️ Tendresse instinctive pour les gnomes = bullshitage

Ouais c’est ça, être une femme c’est être obligatoirement folle. Merde, j’ai appris un truc, aujourd’hui. Mais du coup “femme” se collerait bien comme catégorie de trouble de la personnalité rassemblant toutes les anomalies de caractère gravissimes dont on est victimes. Je ne sais pas pourquoi mais imaginer une fiche DSM-V avec des attributs féminins, ça me fait rire.

Diagnostic ? “Vous êtes une femme, madame”.

C’est pas une ultime réalisation, mais dit comme ça, ça me semble net : il n’y a rien de plus facile que de dire d’une femme qu’elle est folle. Je pense même qu’on est TOUTES folles de base.

Comme je le rappelais plus haut avec la catégorisation des personnes racisées comme agressif-ves, tout est bon pour discréditer une catégorie de population spécifique “non mec cis blanc hétérosexuel”.

On pardonne à un directeur de hurler de toutes ses forces en réunion, on ne pardonne pas sa webmaster qui en a plein le cul que les clients pinaillent sans fin et qui le dit pas assez gentiment. On pardonne au directeur libidineux ses saillies et anecdotes sur ses soirées “libertines”, on juge son employée qui démissionne car elle n’en peut plus. Nan mais mate qui on se coltine au gouvernement, on a une belle brochette de connards multirécidivistes, non ?

🙄 Enfin, tu connais la rengaine…

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Demain, on parlera de l’hégémonie culturelle et des doubles injonctions faites aux femmes, justement. Et c’est cool car après le billet sur Gramsci et l’hégémonie culturelle, j’en voulais encore et j’étais frustrée de ne pas savoir plus en parler.

Je ne sais pas ce qui se passe, je ne suis pas en phase haute mais ça va pas trop mal. On va avoir du drama bientôt, c’est ce que je me dis. Ma psyché va bien finir par se rendre compte de l’anormalité de ma situation, non ?

Alors, passe une bonne journée, et à demain, mon p’tit chat 😽