Heure de réveil : gnn

J’ai pas passé un super week-end, et il faut que je catharsise un peu, ce texte est donc sarcastique, passif agressif ou ce que tu veux.

Des fois, je me dis qu’il faut être vraiment au bout pour en venir tacler sur les problèmes de poids des autres. Je vais commencer par ça, comme ça, c’est posé. J’ai aussi eu droit à un bon coup “je suis éditée et pas toi”. Merci de me rappeler que je suis grosse et que je taffe pour rien. C’est adorable. Le truc nul c’est que ça me remotive à faire encore mieux (ou pire).

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Mais ouais, des fois, c’est chiant, d’avoir des amies handicapées. En plus, si elles sont bizarres et malades dans leur tête, c’est bien relou car la dépression (quand on ne connait pas le monde du DSM-5 on utilise ça pour tout) ça fait chier pour les sorties. Puis les jérémiades sans cesse, toujours mal quelque part, zéro initiative pour se sortir les doigts du cul. Des prises de tête sans fin sur des trucs à la con, c’est fatiguant.

C’est pourtant facile, de se bouger, non ? Si d’autres ont réussi même avec une légère dépression saisonnière, tout le monde en est capable. Faut juste avoir le réseau, le fric et la capacité de se vendre, sauf que quand on est “correctement câblée”, c’est plus simple.

Du coup, on se coupe de ces personnes toxiques de par leur pathologie pour revenir dans un monde normal : un monde où tout le monde est valide et bien dans ses baskets avec les moyens de ses ambitions. Le handicap, la bizarrerie, ça fait chier. D’autres se sortent de “mille fois pire”, mais pas la pote déprimée. Moi je m’en sors pas et en plus j’ai besoin de considération.

Je suis la feminist killjoy, la féministe qui tue la fête. De toutes façons, je suis non seulement pénible à transporter, mais en plus je déprime souvent donc quand je suis en down profond, j’ai du mal avec les “ouais moi ça va SUPER BIEN ma vie est TROP COOL”. Par exemple, si une personne reçoit une mauvaise nouvelle ou vit des trucs difficiles, je vais pas venir te dire “ouais mais MOI ÇA VA TROP BIEN” en tombant comme un cheveu sur la soupe. Parce que, fatalement, on compare avec notre vie à moitié vide, parce que le monde tourne autour de notre nombril d’inapte au bonheur.

Les “dépressif-ves” font chier. Parce que la “dépression” les fait se complaire dans cette esthétique de l’ennui pathologique. Elle les fait se rouler agréablement dans leur douleur et empêche toute velléité de positivité. On devrait pouvoir revendiquer le droit à nos 2 minutes de bonheur intense n’importe où, n’importe quand, de toutes façons, on peut jamais savoir, vu que les gens sont tout le temps “déprimés”. T’as passé un Noël de merde ? Tiens, des photos de mon arbre de 2m de haut décoré avec goût sous un tapis de cadeaux colorés.

J’ai remarqué un truc un peu chelou. En général, les personnes qui expérimentent “la dépression” ou qui vivent au quotidien avec un truc un peu plus lourd que ça sont solidaires les unes les autres, y compris celleux qui ont réussi. Il n’y a que les non-siphonné-es du bulbe qui trouvent insupportable ce qui nous arrive. Insupportable car cela gâche un peu leur bonheur d’avoir un boulet chouinard à se traîner.

Avoir de la considération pour la sensibilité des autres, c’est so 90’s ! (pour 2090)

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Dans tous les cas, on peut le faire et on le fait pas et c’est chiant de voir des personne ne pas réussir parce qu’elles se sabotent elles-mêmes. D’ailleurs, machine, elle est malade de partout et c’est quand même ma pote car elle, c’est une vraie battante. Elle, elle a réussi à transcender son handicap pour en faire quelque chose de bien, pas comme toi avec tes billets à la con, incapable de retourner poster tes bouses sur Reddit alors que ça marche super, pétrifiée par la peur que tu es.

Des gens “déprimés”, j’en connais un bon paquet, en fin de compte, et il y a une ligne entre la pathologie acceptable et la chiantise pure. Si la personne fait quand même des trucs, c’est très bien, on la laisse se débattre, faut bien leur apprendre la vie. Si la personne est trop atteinte pour rebondir telle un petit bourdon bourré à la bière, on est dans le domaine du chiant. C’est pas faute de prodiguer de bons conseils, comme se mettre au sport (j’y avais jamais pensé, dis donc), aller consulter un-e psy (paraît que ça règle tous les problèmes, ces bêtes-là, no excuse !) ou ne pas attenter à leurs jours. On peut également profiter d’un bon moment, comme, au hasard, lors d’une crise psychotique, pour rabaisser le Mal et dire allez, t’en fais trop, arrête le cinéma, souris, fais du yoga, chépa, mais arrête de délirer. Si les choses étaient aussi simples je ne serais entourée que de personnes neurotypiques et bien dans leur tête. Qu’est-ce que je me ferais bien chier…

Parler d’un monde moche, gris, qui ne nous accepte pas, qu’on ait une incapacité physique, mentale ou les deux, c’est en général triste, et beaucoup n’ont pas envie de tristesse. C’est donc à nous, rien qu’à nous, de nous démerder car d’autres y parviennent tout en gardant le niveau de ouin-ouin dans les limites de l’acceptable. Si le ouin-ouin entache le bonheur, il est comme un coup porté à la joie, rien qu’en lui-même, rien que par son existence.

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En fait, faudrait qu’on pense un peu aux autres, qu’on ait de la considération et du tact envers les personnes qui vont bien. Mais non, on est auto-centré-es donc fondamentalement égoïstes, incapables de se réjouir à la demande, de dire “oh” et “ah” quand on appuie sur le bon bouton. Ou de jouer à la bonne handicapée, celle qui dit rien, qui dit merci quand on la sort de sa maison, merci pour toutes ces bonnes ondes positives et, surtout, merci d’avoir essayé, tu vois, quand on veut on peut.

Il n’y a vraiment qu’une personne non-dépressive qui peut dire “Allez, bouge-toi, arrête de geindre” en pensant qu’en un claquement de doigt, le méchant chagrin va passer. Sauf que le principe, c’est que le vilain chagrin ou la méchante maladie ne partent pas. Jamais. Genre jamais jamais. J’anticipe les commentaires de “on peut sortir de la dépression” : oui, c’est possible dans certains cas, c’est un peu plus compliqué sur des entrelacements de trucs de merde comme le SSPT, les neuroatypies, les conditions matérielles et familiales et toutes les conneries qui gravitent autour de notre lose.

Et je tiens pour acquis que ma mobilité est définitivement limitée, ne fera que se limiter encore plus, même si je souris en prenant mes injections. Cela dit, je pourrais faire des efforts pour être moins malade. Ou mieux le cacher. Ce que je fais, en réalité, en ne sortant pas.

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Il y a des gens qui ne vont pas bien, merci à elleux de bien vouloir fermer leur gueule. Parce qu’en plus, ces machins là réagissent mal aux bons conseils bien avisés (le yoga, la tisane, aller consulter un autre médecin) venant de la part de celleux qui ne vivent pas le drama en live dans leur bide.

Dans tous les cas, iels vont jamais bien et ça en devient toxique pour le bien-être des autres. Il faut donc s’en séparer, comme on fait piquer un animal malade car c’est plus simple comme ça.

Puis ils font chier, les autres, ceux qui sont pas normaux, ceux qui suivent les dernières tendances de la neuroatypie. Quoique, neuroatypie, franchement, c’est abusé, ça va, c’est des gens juste pas gérables, pas la peine d’inventer de nouveaux mots. En plus v’la les auto-diagnostics, tout ça pour justifier le fait de ne pas suivre le fil de l’eau gentiment et réclamer des privilèges spéciaux. En plus, avec un handicap tu gagnes un token “je suis en situation de handicap” qui justifie qu’on te traite avec un minimum d’égards. Encore un peu et ces gens toucheront une allocation juste pour rien foutre en profitant de leur maladie. L’abus total.

Pire. Ces gens sont fragiles. Iels réagissent pas bien aux vannes ou aux injonction à bouger son fessier pour enfin retrouver la ligne. On peut RIEN leur dire sans que ça tourne au drama perpétuel. On peut pas vanner sans blesser, alors que la vérité brute, y’a que ça de vrai.

J’ai lu quelque part dans des commentaires “L’amour pour la vérité brutale est plus un amour de la brutalité qu’un amour de la vérité” et c’est pas faux. Il est possible de dire les choses de manière normale, sans clasher, parce que clasher une personne en crise, c’est aussi productif que de péter dans des draps en ricanant alors qu’on est toute seule au lit.

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Mon handicap forme donc 50% de ma toxicité.

Pour le reste, et en toute honnêteté , je suis hypocrite et passive agressive par lâcheté (rien à voir avec de quelconques réminiscences traumatiques à l’idée d’une bonne engueulade de 3h du mat), parce que je veux que tout le monde m’aime parce que je n’ai pas confiance en moi. Donc je fais des promesses que je ne tiens pas et les gens disent à juste titre que je suis une sale lâcheuse. Je ghoste, aussi, quand je suis acculée. Je fuis le conflit.

Je fais semblant d’être solide alors que je suis une toute petite merde perdue dans un océan de petites merdes comme moi.

J’ai peur de tout, aussi. J’ai peur de sortir, j’ai peur de marcher, j’ai peur de me prêter à rêver des trucs impossibles. Alors je deviens mesquine, je ne sais pas juste encaisser, dire d’accord merci bisou avant de tout oublier. Non. Chez moi, les choses restent jusqu’à résolution du problème. Si je pardonne beaucoup, il y a aussi des cas où je ressasse, comme toute bonne “déprimée” qui se respecte. Il y a des choses qui ne passent pas et que je ne sais pas formuler, car je n’ai pas appris à les formuler. Comme j’ai été souvent confrontée à des personnes bien intentionnées et leurs vérités brutales-mais-justes, comme je sais que j’ai une certaine propension à la violence, je ne dis pas les chose sur le coup car je sais que je pourrais le regretter. Je me mets sur la touche avant de me plaindre que je suis sur la touche alors que je fais rien pour sortir du cagibi. Du coup, des fois, ça sort comme ça, brutalement honnête. Bizarrement, la brutalité passe mal, y compris chez les personnes elles-mêmes brutales.

Donc je ne dis rien, je ronge mon frein en ayant peur de tout, puis ça sort n’importe comment, parce que je suis conne. Conne et parano, aussi. Faut dire qu’après le nombre de coups de couteau dans le dos que j’ai pris dans ma vie, je joue la méfiance, sans doute un peu trop. Tout est dirigé sur ma personne, ma petite personne, parce que, forcément, si je perçois que le tacle peut parler de moi, je l’interprète comme tel. Le fait d’avoir été exposée à de véritables trahisons en bonne et due forme n’a pas aidé à faire taire la petite voix qui me dit que le monde entier m’en veut.

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Tout est centré autour de ma pomme, de toutes façons. Quand tu me racontes un truc, je relate, et parfois je relate si fort que je prends toute la place. Parce qu’il n’y a que moi, tu vois ? Je ne maîtrise pas les intentions des autres alors je suis toujours sur la brèche, dans l’attente du moment où, enfin, je vois bien qu’on se fout de ma gueule, confirmant ainsi ma profonde inadéquation avec le monde.

Si tu me laisses parler, je ne sais pas m’arrêter autrement que dans la gêne de l’auto-réalisation. Merde, je l’ai encore fait. J’ai pris toute la place avec ma personnalité écrasante. Alors je passe du volubile au mutique, d’un coup, par pure honte d’avoir encore été comme je suis. J’essaie d’écrire pour moins parler, en réalité. Ce n’est pas très efficace.

En vrai, moi aussi je déteste ma personnalité. C’est ça, la subtilité. A force qu’on me renvoie ma propre inaptitude, j’ai un peu réfléchi, tu vois, j’ai introspecté de ouf et j’ai réalisé que je n’étais ni une superstar, ni une moins que rien, juste une entre-deux insignifiante. Je me dis souvent que je ne me supporte pas. Je me demande souvent de fermer ma gueule, des fois ça rate et quand ça rate, c’est moche.

La fragilité, aussi. Je fais genre chuis super solide mais le moindre truc me fait sursauter. On ne peut rien me dire, car je prends mal les vérités brutales. Lorsqu’on veut me secouer pour me faire avancer, je vais juste pleurer que j’ai mal aux pieds. Il m’arrive d’utiliser ma mauvaise santé pour ne pas participer à des trucs, absolument. Parce que si on ne peut plus profiter du seul effet de bord positif du merdier (rester à la maison enrobée de polaire), autant crever direct.

Ma “déprime” est désespérante, mes vues sur le monde sont sinistres et même moi je ne me supporte pas. En réalité, c’est moi, mon pire bourreau. Je n’ai pas besoin qu’on me claque mes 4 vérités sur le coin de la gueule, tout ce que tu peux me reprocher, je me le reproche déjà mille fois plus violemment. C’est pas forcément utile d’en rajouter une couche, je dis ça pour le gain de temps, tout ça.

Égoïste, narcissique, instable, menteuse, hypocrite, drain à bonnes ondes qui nécessite sans cesse l’approbation des autres pour continuer à exister. Rien n’est jamais bien, tout est problématique et vu au travers du prisme de la “dépression” et du handicap alors que la vie pourrait tellement me sourire dans un univers parallèle.

Enfin, je veux pas me la péter mais hier j’ai réussi à dire “A l’aide” quand il le fallait. Un bon point pour moi, bravo.

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En revanche, la dernière vanne grossophobe que j’ai faite date de 1996.

On peut pas tout avoir, dans la vie, pas vrai ?