Heure de réveil : 3h37 (enfant)
TW : évocation de violences sexuelles (sans description)

Avant d’avoir un enfant, je ne me doutais pas de l’importance vitale du sommeil. Enfin, si, parce que tout le monde m’a vannée quand j’ai annoncé ma grossesse en me disant “hahaha dors maintenant, quand il sera né ça sera pas la même hahaha”. Ce qui est pénible c’est que toute femme (ou personne porteuse d’un utérus fonctionnel) ayant été enceinte a entendu cette phrase 1000 fois, du coup ça décrédibilise un peu le truc, tu prends limite ça pour une légende urbaine alors que, oui, c’est vrai.

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“T’as qu’à dormir plus”
No shit, Sherlock.
Je crois que ça fait partie du top 10 des phrases les plus insupportables à entendre juste derrière “Tu as essayé le yoga ?”. Non, parce que tu crois que je fais quoi ? Que je m’oblige à ne pas dormir ? Que je fuis le sommeil alors qu’au contraire, je ne rêve que de me vautrer dedans ? Que je me fais des perfs de café alors que ça fait longtemps que le café ne peux plus rien pour moi ?
Je prends les Guronsan par deux, meuf. Par deux !!!

T’as déjà passé une journée au boulot après une nuit blanche ? Ouais hein ? Tu t’es senti-e vaseuse, un peu surexcitée ou à cran ? Un peu moins patiente, un peu plus agressive ? Tu connais la sensation que si tu relâches ton attention 10 secondes tu vas t’écrouler ?
Les journées d’une personne insomniaque sont un combat. D’autant plus rude que l’insomnie reprend la nuit suivante. Et la suivante. Et quand tu dors un peu bien, bah ça change pas grand chose parce que faire des réserves de sommeil ça n’existe pas.

“Prends des somnifères”
Le sommeil sous somnifères est super particulier, moyen reposant, sans parler de l’accoutumance aux médocs. Ça peut aider ponctuellement mais ça ne résout pas grand chose. Sinon tout le monde serait sous somnifère, en fait. Et le coup du verre de lait ou de l’infusion de camomille, si ça marche, c’est chez les gens qui ne sont pas insomniaques.

Je passe ma vie à être fatiguée.
Je me couche tôt, je me couche tard, je fais une sieste dans la journée, pas de sieste, je bois du café après 18h ou je n’en bois pas depuis 3 jours, invariablement, invariablement, je me réveille à 3h du mat. Souvent, j’arrive à refermer mon œil et, si j’arrive à bien feindre la mort comme je l’ai appris dans World of Warcraft, les chats ne captent pas que je suis réveillée et j’ai 1h ou 2 de répit.


On est nombreuses à connaître l’heure fatidique : 3h.
Je ne sais pas d’où ça sort. Sans doute un truc qui se passe au niveau du cycle circadien (le système qui est sensé réguler le corps sur 24h) à 3h. Je sais pas.
Mais je sais pourquoi moi, enfant, je ne dormais pas.
J’avais trop peur que mon beau-père revienne me voir dans ma chambre. Alors j’écoutais la radio, toute la nuit, 3h était le point de non-retour : passé 3h je savais que c’était nuit blanche.
J’ai découvert Super Nana sur Skyrock (Si tu as connu Super Nana, toi-même tu sais que c’était la meilleure animatrice du Monde Libre !).

Ces années d’angoisse ont dû jouer sur mon insomnie d’adulte, oui. J’ai toujours ce sentiment de vulnérabilité et d’angoisse, la nuit. Mais c’est un peu normal, non ? On est vulnérable, exposée, quand on dort. C’est bien connu des violeurs conjugaux en tout cas.

🐱🐱🐱

Lors de mon accouchement, je suis restée en éveil beaucoup trop longtemps. C’est assez fabuleux, le corps, j’aurais pas pensé tenir aussi longtemps. 🤓 J’ai dû perdre 10 ans d’espérance de vie mais j’en avais déjà perdu 5 avec la maladie, je coûterai moins cher sur mes vieux jours.

Les personnes qui ont ou on eu au moins un enfant savent, connaissent la sur-fatigue. T’as pas dormi plus d’1h d’affilée depuis 5 jours, ton enfant fait ses dents/des coliques/du reflux/une poussée de croissance/whatever, et pourtant quand cet enfant s’époumone, tu es prêt-e en 0,27 secondes à lae consoler/changer la couche/donner à manger/Dolipraner/bisouter. Je veux pas être mauvaise, mais par pur hasard ce talent bien précis me semble bien plus prédominant chez la personne qui a porté l’enfant en question…Mais je vais pas me lancer là dessus. Pas tout de suite.
On arrive à suivre par pure magie, probablement. Pouf pouf !

Quand je vois les copaines insomniaques mener leur vie comme tout le monde, finalement, je me dis qu’on partage comme une espèce de secret.
“J’en ai rien à branler de ton Powerpoint et de tes KPI, Jean-Ducon. En vrai, là, maintenant, le truc qui me fait le plus rêver c’est mon lit et 8 jours de solitude”.
Mais on fait bonne figure, on avance, et la nuit, on ne dort pas.
J’ai zéro solution, bien sûr. Enfin, mes solutions ne sont pas forcément les meilleures on va dire. Anxiolytiques, fumage de dessert sur le balcon jusqu’à ce que sommeil s’ensuive.
En plus si t’es insomniaque, tu connais tous les trucs : le coucher ritualisé, la relaxation, etc. parce que t’as probablement tout essayé.

Et lorsque ton collègue te dit que tu as l’air fatigué, ou quand ta psy te sermonne parce que le sommeil c’est important (nan, sérieux ?) t’as juste envie de hurler. Au mieux.
Mais le reste de conscience qui t’anime sait que tu ne veux pas aller en prison, donc tu fais un sourire entre la moue et la gerbe et tu retournes mener ta petite guerre personnelle.

Alors, ce matin, je pense à toi. Insomniaque. Si on se connaît, on s’est peut-être déjà parlé aux petites heures de l’aube, si on ne se connaît pas, t’es pas seule à errer dans les limbes quand le soleil est couché 🖤

PS : Gloire au Guronsan !