C’est la crame dans les lycées et la France a peur. Je dis la France, mais ça ne concerne qu’une partie d’entre nous. Il y a les gens, comme moi, qui sont dans la fierté et le soutien. Et les gens qui ont tout oublié.
Oublié qu’iels ont été des enfants, des élèves. Que, parfois, iels ont aussi participé à des mouvements sociaux.
Oublié aussi que cette « éducation laxiste » a produit des avancées sociales et technologiques hallucinantes, dans tous les sens du terme. C’est un clin d’oeil à l’IA, pour ceux dans le fond. Quand à l’éducation « à l’ancienne », elle nous a fourni des générations marquées par les maltraitances scolaires. Est-ce mieux ?
L’éducation a permis à des personnes de donner le meilleur. Qui enseigne à nos enfants ? Qui construit nos infrastructures ? Qui innove en continu ? Nous toustes. Cessons de nous mépriser.
Je dis ça pour nos boomers mais aussi pour les gens de mon âge, la gen X, les millennials qui s’embourgeoisent et deviennent plus réac que réac. On vous voit. On a honte.
T’étais là en manif en 1995 contre le CPE et tu méprise nos jeunes ? Tu devrais avoir honte, oui. T’as vécu mais 68 et tu pleures pour les familles des vitrines ? Glorieux.
J’ai connu l’école à l’ancienne, dans les années 80/90. On avait des tables et des chaises en bois. Du temps. Des polycopiés qui sentaient bon la chimie. Des instits et profs pas toujours sympa, soyons honnêtes. Aujourd’hui, on ne peut plus tabasser les élèves. Quel dommage, si j’en crois bien des discours passéistes.
Les méthodes d’éducation ont évolué tandis que les établissements eux-mêmes ne sont pas sortis des années 50. Le décalage matériel commence à se sentir.
— Merde à l’adultisme —
Qui te dit que nos enfants sont plus cons que toi ? Que te dit la tendance de l’humanité à évoluer ? Qu’après toi, rien n’a jamais été meilleur ? Sans déconner ? On est DÉPASSÉ-ES toi et moi, et c’est pas grave. Au contraire, c’est tant mieux, l’immobilisme c’est la mort.
Les générations futures ne sont pas des « iPad kids » ou des Tik Tok dummies. Ça, c’est une construction de ton esprit face à l’inéluctabilité de ta propre finitude. Ne pas comprendre les nouveaux usages ne fait pas de toi quelqu’un de bien. Cela fait de toi quelqu’un qui se pose dans une supériorité morale insupportable.
— Tout cramer —
Est-ce que je valide la colère militante ? Oui.
Est-ce que je valide la réponse policière ? Non.
Est-ce que je valide la violence politique ? Non plus.
La violence qu’on perçoit à la télé n’est qu’une réponse à ces seaux de merde et à ces crachats dans nos faces qu’on se reçoit depuis des décennies. On nous nique l’hôpital, on vend les infrastructures, on gèle les APL tout en dispensant les milliardaires d’un impôt juste ? Tu te fous de moi ? En quoi ce n’est pas violent ? Combien de mort-es cet été grâce à nos politiques écologiques inexistantes ?
Explique-moi en quoi cramer une bagnole est équivalent à laisser 42 000 enfants à la rue cette année ?
En quoi cramer une poubelle est équivalent à vouloir supprimer le remboursement de traitements contre le cancer et les trajets vers les CMP ?
Tuer « nos SDF » par notre passivité, les mêmes qu’on avait promis de reloger serait moins violent que gueuler dans la rue ?
Je sais, toi aussi tu en chies dans un monde du travail lui aussi très violent alors que ces sales petits branleurs veulent rien qu’à sécher les cours. Mais tu oublies que tu as sans doute la dernière génération à avoir ce confort précaire du salariat, tout comme nos boomers avaient le confort précaire de rester 25 ans dans la même entreprise.
Tu râles (à raison) que l’essence est chère, mais tu oublies que nos enfants grandiront avec des étés à 50°C.
Nous sommes les derniers à pouvoir nous loger décemment.
En vrai, tu t’en fous. Tu penses à toi. À la limite, ton gosse rentre avec un bras cassé, là tu t’indignera. STIFO cependant, hein ?
IL FAUT SOUTENIR LES ENFANTS. Tous les enfants, pas que les tiens.
J’en ai rien à battre que ça crame. Mon seul étonnement vient du fait que cela arrive seulement maintenant. Je n’ai aucune pitié, plus maintenant. Ma seule compassion va aux personnes qui encaissent tous les jours la violence systémique qu’on valide par les urnes et notre silence.
Tu vis dans la peur et moi aussi. La peur du déclassement, de la maladie, de la pauvreté, la peur de l’autre. Est-ce une raison pour ne parler que lorsqu’il s’agit d’appeler au calme et à la soumission, de fermer les yeux quand on te dit que c’est toi, moi, nous, qui avons laissé faire si longtemps ?
Moche, mais vrai. C’est de notre faute. Faisons mieux.
Commençons à soutenir celles et ceux qui s’insurgent sans verser dans cette putride hypocrisie qui nous caractérise tant.
C’est le moment de montrer qu’il nous reste une âme.
Et qu’on a bien conservé notre carte d’électeur-ice.




