Heures de réveil : 2h15, 4h12 (ankylose)

J’avais prévu de sécher, ce matin, parce que la position assise m’est encore assez difficile. Donc on verra jusqu’où je tiendrai (2h30).

En ce moment on est dans la question “doit il y avoir une fierté autiste ou TDAH ?” et j’ai du mal à expliquer exactement pourquoi cette question me donne un peu envie de me jeter par la fenêtre.

En gros, dire que la neuroatypie t’a apporté des trucs c’est déplacé sur fond de classisme. Parce que les personnes neuroatypiques qui en sont fières sont dans la positivité toxique, parce que les soins sont réservés aux personnes ayant les moyens (vu le prix des bilans et des consultations TDAH, en tout cas, c’est un argument que je trouve fondé) alors qu’en fait…

Les neuroatypicités sont des HANDICAPS et on se ment à soi-même en prétendant qu’on est câblé-e différemment tout en donnant de faux espoirs aux vraies personnes vraiment handicapées alors qu’on a dit plus haut que c’était un handicap (Cette phrase est sarcastique)

Plus bas : les réponses aux commentaires posés ensuite.

🥝🥝🥝

Je ne suis pas concernée, tu me diras (désolée, je ne peux pas fournir mon certificat de TDAH, mon fils passe avant et ça va nous coûter cher). D’ailleurs si on est bien dans un secteur où l’auto-diagnostic est controversé, c’est celui-ci.

Donc tu dois avoir ta carte de NA (neuroatypique) et donc avoir passé tests, bilans et rendez-vous avec les pontes. Pour le TDAH potentiel de l’Enfant, en 3 rendez-vous en novembre sans certitude d’un bilan ou d’une évaluation, on en a pour 560€. Edit : le bilan complet a coûté 930€ de plus.
Et sans ça, sans le diag officiel tamponné, t’es pas acceptée dans certains clubs.

Moi, je ne suis pas diagnostiquée, et vu le tarif, c’est vraiment pas sûr du tout que je le sois un jour donc jusqu’ici je me cache les yeux avec les mains et je fais “la la la” en partageant des memes sur le TDAH qui ne me concernent absolument pas.

MAIS CE N’EST PAS GRAVE parce que j’ai aussi la spondylarthrite et la bipolarité pour me rendre fière. Là, selon le barème, je peux affirmer positivement que je suis titulaire de deux pathologies lourdes et personne ne va venir me demander pourquoi.

T’as rien compris ?

Moi non plus, en fait 🤷‍♀️


🐿🐿🐿

👉 Est-ce que les personnes neuroatypiques sont en situation de handicap ?
On ne va pas déterminer ici ce qui relève du handicap de ce qui n’en relève pas. Trop long. Les personnes gauchères sont handicapées, si on s’en réfère au dictionnaire.
Techniquement, si on regarde le gens lambda et qu’on prend des situations lambda de la vie lambda, oui, une personne autiste ou TDAH sera “en situation de handicap” face à certaines choses. Certaines tâches sont très difficiles à réaliser, même avec la meilleure volonté du monde.

Parce que le monde n’est pas adapté pour euxlles. Mais c’est “moins pire” que le handicap physique car on a bien cette insistance sur la neurodivergence. Et je suis ok avec ça, même si ça me semble beaucoup de véhémence pour ne surtout PAS entrer dans la case “handicap”.

Je comprends l’argumentaire des personnes concernées de mon entourage. Ce que je dis c’est que du point de vue “non concernée” c’est un peu raide de voir qu’on a pas le droit d’accéder au club des Cool Kids parce qu’on est vraiment beaucoup trop malade dans notre tête.

Il y a une frontière entre le pathologique et le divergent avec laquelle je ne suis pas forcément d’accord.

Mais, hey, tu sais quoi ?

☀ Je pense que les personnes se déterminent comme elles en ont envie.

J’ai juste envie de rappeler que des personnes NA non diag et non suivies et non rien du tout vivent des situations gravissimes.
Une personne autiste n’ayant pas accès au langage, ça existe. Des personnes maltraitées durant leur enfance à cause de leur neuroatypicité, ça existe. Combien sont en IME et plus tard juste en “institut fermé” ?

C’est plus simple de rester sur l’image de l’autiste génial-e, artiste et disruptifve. J’ai parfois vu des personnes autistes devenir la mascotte d’un groupe parce que qu’est-ce qu’iel est drôle avec son incompréhension de la vie.

Haha.


🧄🧄🧄

Le nier ne sert à rien. On a toute une culture un peu bobo sur la thématique de la neuroatypicité. On peut, effectivement, super bien vivre son TDAH ou son autisme. Si on a pas une forme grave, déjà. Et puis si on a les moyens de consulter, de se faire diagnostiquer et suivre. Si on a les moyens de financer les outils nécessaires.

💰 Franchement, je vivrais vachement mieux mes poussées inflammatoires avec un fauteuil massant, une kiné à domicile trois fois par semaine et sans avoir vécu préalablement 11 ans d’errance médicale.

J’adorerais qu’on aille chercher mon fils à l’école pour moi, parce qu’aujourd’hui ça va être un carnage corporel pour assurer les trajets. Mais je peux me payer une nounou et une femme de ménage, évidemment, donc je n’ai pas ce problème.
Oh wait.

J’ai récemment envoyé un article en réponse à un com sur la page, qui parle d’un homme Chinois de 46 ans, nommé Li Hua, atteint d’une forme si sévère de SPA qu’il était totalement replié sur lui-même et a dû subir 4 opérations pour redresser sa colonne vertébrale.
Pour que la colonne se fige à ce point, c’est qu’il n’a jamais eu de traitement de toute sa vie avant les opérations.

Donc j’ai mal, là, clairement, mais j’ai aussi un traitement très onéreux et entièrement remboursé qui me permet de mieux vivre mon handicap. Je suis née en France, j’ai la nationalité française, j’ai la possibilité d’aller consulter, d’aller passer des examens d’imagerie assez facilement, mon immeuble dispose d’un ascenseur, tout ça fait que je peux “””bien””” vivre la maladie.

J’en suis consciente et je sais que dans ma lose, j’ai beaucoup de chance.


💾💾💾

Est-ce que je vais dire à tout le monde “On peut super bien vivre la SPA, j’en suis la preuve”‘ ? Nope. Ok, c’est parce que même avec traitement je suis présentement à un petit 7/10 et que je vais pas tarder à lâcher le clavier. Edit 2023 : j’ai tout perdu ensuite.

Mais non, je ne vais jamais dire “on peut super bien le vivre” à une personne au diag tout frais qui vient me poser des questions. Parce que je sais pertinemment que c’est faux. On apprend à tolérer la douleur, on apprend à tolérer les médicaments, on apprend à s’endormir, à bout de nerfs, force anxiolytiques et molécules herbacées psychoactives, à choper LE créneau et LA position avec laquelle on a juste moyennement mal. Et on dort, parce qu’on en peut plus, parce que la douleur nous ronge jusqu’à l’âme.

✌️ Je vais pas dire “ouaiche avec les anti-TNF c’est royal” même si ça a été la révolution pour moi. Parce que 7/10 sous anti-TNF, déjà (Edit 2023 : t’en fais pas, le Dr Méchant va me les retirer ce mois-ci). Le traitement n’annule pas la maladie, il la freine. Ensuite parce qu’il m’a fallu attendre l’âge de 36 ans, 21 ans après les premiers symptômes, pour pouvoir y accéder. Et encore, j’ai de bons marqueurs de la maladie, mais on a dû attendre que tout le reste échoue pour envisager les injections. Qui présentent à peu près toujours, quelque soit le labo, des effets secondaires assez lourds.

Donc non, je ne vais jamais dire “on s’en sort”, je vais dire “bon courage, ça va être dur mais j’ai peut-être des réponses à certaines de tes questions”. J’ai conscience que les anti-TNF sont un PRIVILEGE. Ça devrait pas, mais c’est le cas. L’accès au traitement m’a demandé énormément et n’a été envisagé qu’après l’échec du reste.


🔬🔬🔬

D’un autre côté, je comprends.
C’est une association de malades sur un vieux forum qui m’a permis de comprendre comment ça fonctionnait. J’ai rencontré des personnes ayant connu la même errance, ayant rencontré les mêmes problèmes, ça a été un des épisodes les plus positifs de ma vie de spondylarthropathe, devant les anti-TNF.

J’avais des pairs. Je n’étais plus seule dans mon salon à chialer, y’en avait d’autres, des comme moi, et c’était bien. On pouvait parler de nos traitement, se donner des conseils pour le quotidien, parler de nos partenaires de vie et comment iels vivaient la situation. On parlait de la peur, de la culpabilité, du deuil de ce corps fonctionnel qui perdait des pièces en cours de route.

Après un long moment, j’ai poursuivi ma route seule, totalement par choix, parce que j’avais saisi ce que j’avais à saisir et que je voulais avancer autrement. J’avais accumulé assez de savoirs pour pouvoir les relâcher dans la nature.

Et c’est pareil pour les groupes liés aux pathologies psy : je m’y sens souvent bien car je sais que les autres “savent”. Je ne suis pas anormale dans ce milieu et ça donne beaucoup de force.

C’est là, je crois : la force. Se réunir, revendiquer, pour être ensemble.

Est-ce que j’irai jusque “fierté” ? Non. Je n’ai pas honte d’être malade, mais ce n’est pas “quelque chose qui me rend intéressante”, je ne le considère en tout cas pas comme ça. J’ai du mal à voir les effets positifs, quoi. Et heu…enfin…c’est normal.


🤿🤿🤿

“Quel beau billet, ce matin !
– Normal, je suis bipolaire et arthritique, il paraît que ça rend créative” ☠️

Toute cette romantisation de la folie ou de l’atypicité se veulent un hommage au “penser différent” qui est forcément créatif et positif. Van Gogh était très probablement complètement cintré et je doute qu’il y ait eu des bonheurs incommensurables dans sa vie. D’ailleurs il ne venait pas du caniveau non plus, donc on a un marqueur de classe par ici…

…et oui. Pas mal de personnes n’ont même pas le luxe de se faire diagnostiquer de que dalle et sont juste “bizarres” toute leur vie, avec les souffrances, le rejet que ça entraîne.

J’ajoute ici un commentaire tout personnel et tu peux absolument y répondre si tu le souhaites. Je comprends la nécessité de se définir lorsqu’on est dys, TDAH ou autiste, normalement si tu as bien lu jusqu’ici ça devrait aller.

En revanche, je suis désolée, c’est moche, mais en tant que “malade mentale” je me sens un peu vexée qu’on veuille à ce point se différencier de moi. Je comprends le besoin, je comprends la formulation, je comprends tout ça. Mais je me dis que je suis vraiment la dernière des tricardes avec les potes présentant des pathologies mentales “lourdes”. Juste le mot “PATHOLOGIE MENTALE” est d’une violence à lire…alors voir des personnes se distancer de moi, ça me fait me poser des questions.

Les gens “normaux” se différencient de moi, les personnes neuroatypiques font la même chose, chacune dans son club, et nous, bah on est pas glamour et on fait tapisserie. Je me préoccupe de comment formuler “personnes autistes” et c’est normal mais je suis “la meuf bipolaire”. Je fais l’effort, mais personne ne fait cet effort pour nous, en fait. C’est dit sans rancune, c’est juste une observation. Il y a ce gouffre entre “iels” et “nous” (même si “nous” pouvons être “iels” parfois) : ici typique, ici divergent, ici sans espoir d’être valorisé-e.

💃 Je m’en fous, j’aime pas danser 🕺

Du coup, je me sens vaguement vexée mais “boarf” c’est la vie, quoi, je suis du côté sombre de la non-normalité psychique, le côté avec médicaments et parfois séjours en hôpital psy, je comprends que ça ne soit pas spécialement désirable 😅

Et j’ai d’autres priorités que ça, en vrai. Mais la question mérite d’être posée.


🐙🐙🐙

Alors, est-ce que j’ai une fierté bipolaire ou spondylarthropathe ?
Non. Absolument pas, mais ça ME regarde.
C’est un signe de reconnaissance “entre nous”. Je sais que les copaines sous anti-TNF savent que je sais qu’elles savent la galère. On a pas forcément besoin de trop expliquer, parce que l’autre sait à quel point ça peut être abominable.

Je rigole aux vannes sur la flûte arménienne ou “rendez-l’hypo !” de Neurchi de Bipolaires, j’ai aussi pu faire des vannes sur le suicide avec des potes suicidaires comme j’ai pu comparer les cannes avec des potes à cannes.

C’est normal et sain et souhaitable d’être entouré-e et d’avoir une communauté de personnes “comme nous”. Si je causais comme Boris Cyrulnik je dirais que c’est un pilier de la résilience, mais je vais dire que ça aide pas mal parce que je ne suis pas Boris Cyrulnik (heureusement, t’imagines ?).

Il y a un mouvement de fierté handi dont je me sens proche mais auquel je n’appartiens que superficiellement. J’aimerais revendiquer mais je ne sais pas revendiquer ce qui me tue, je ne suis pas fière quand je marche en canne, je ne suis pas fière de voir réduite ma vie à peau de chagrin alors que j’ai pas encore 40 ans. J’ai pas envie de revendiquer, voilà, j’ai pas forcément à me justifier.

La bipolarité ne me rend pas “créative”, elle me rend créative durant les phases adéquates, je passe la majeure partie de mon temps à avoir envie de crever, c’est pas chouette et j’ai pas envie de le revendiquer.


🛸🛸🛸

Mais ça, ça m’appartient. Je comprends qu’on veuille être fières et peut-être qu’un jour je serais fière au lieu d’être victime, je ne sais pas. Pour le moment, ça ne présente pas d’intérêt pour moi, je n’en ressens pas le besoin.

En revanche, je comprends les fiertés dans leur ensemble. Je comprends que des ami-es se revendiquent d’une condition ou d’une autre, je serais vraiment dégueulasse de leur reprocher alors que, soyons honnêtes, 👉 j’ai un bon validisme intériorisé en dedans moi. D’où je vais dire ce qu’il faut faire ? Voilà.

C’est bien de se retrouver en communauté, c’est précieux, ça sauve la vie.
C’est bien aussi d’éprouver de la fierté, ça reste vachement mieux que la honte.

Bah ouais. Un des antonymes de “fierté” c’est “honte” et moi, j’ai aucune honte. Pas de fierté en particulier non plus, mais pas du tout de honte.

Critiquer la “fierté NA” quelque part c’est parler de honte. On ne devrait pas revendiquer quelque chose de perçu comme négatif, on devrait en avoir honte. Je sais que ce n’est pas le discours des personnes qui en parlent, mais c’est, moi, ce que j’entends en écho et ça me plaît moyen, je dois dire.

Dans les neuroatypicités, on a aussi les personnes HPI (Haut Potentiel Intellectuel) et là on attaque tout un autre stade de la violence “concernée”. Je vais pas épiloguer sur les quelques personnes persuadées de pouvoir m’apprendre la vie parce que je n’ai jamais révélé mes propres scores et que je ne le ferai pas, parce que ça va m’énerver.
La fierté intellectuelle a un nom : MENSA. Et c’est pas des dresseurs de patates.


🦪🦪🦪

Nope conclusion. Tu te débrouilles.

De toutes façons, je ne suis pas concernée jusqu’à preuve du contraire. Je pense que tu as remarqué que j’évoquais surtout ma propre situation, que je connais bien. Parce que de MON point de vue, l’enjeu n’est pas si évident.

Je m’en fous qu’on dise “je suis TDAH et maintenant je suis [insérer profession intellectuelle valorisante]”, la seule question qui me vient à l’esprit est en quoi c’est lié ? Plein de gens NA vivent et ont vécu des situations professionnelles épanouissantes. Pas tout le monde, non, mais ça arrive et c’est bien de réaffirmer que la neuroatypie ne ferme pas TOUTES les portes et qu’on peut aussi le faire.

👻 On est à deux doigts du “tu peux le faire” de la positivité toxique, oui.

Mais finalement c’est surtout une histoire individuelle.
Il y a des personnes qui transforment cette différence en autre chose et d’autres, non. C’est comme dans le reste de la vie : le système est injuste, validiste, tu vas en chier mais avec de la chance tu te trouveras un créneau qui va aller.

OU PAS.

Le discours qui vend du rêve est dangereux et toxique car il veut généraliser quelque chose d’impossible à généraliser : la réussite. Plein de gens ne réussissent pas et c’est pas parce que TOI tu as su en faire quelque chose de bien que ce sera le cas de tout le monde.

Mais je comprends la fierté, la revendication. Elle est positive, fait du bien, rassemble, apporte des outils, de la force. Je n’ai pas de difficulté avec le concept de “fierté NA” parce que les personnes neuroatypiques sont pas non plus sur le super-calme-radeau-de-la-vie, et ça, faut vraiment toujours le garder à l’esprit. C’est pas du truc léger anecdotique, ça peut aussi tuer, en fait. C’est une adaptation de chaque instant, des codes sociaux à intégrer, des parades et méthodes à l’infini pour réussir à fonctionner, parfois des médicaments, aussi.

Même le mec insupportable qui se plaint d’être THPI a sans doute rencontré des difficultés et de la souffrance à l’école et au travail. C’est pas une raison pour se comporter en connard arrogant, mais on ne va pas non plus nier sa souffrance au prétexte qu’il a peut-être pas totalement raté sa vie.

La vie est difficile pour les personnes NA, quelles qu’elles soient et à mes yeux ça légitime le besoin d’appartenance et de revendication. Après, c’est à toi d’ajuster le curseur de la décence pour ne pas faire comme Jean-Nuisible THPI.

🔖🔖🔖

Merde j’ai dit que je faisais pas de conclusion et j’ai fait une conclusion 🤦‍♀️

 

Réponse aux commentaires : 

“Les gens “normaux” se différencient de moi, les personnes neuroatypiques font la même chose, chacune dans son club, et nous, bah on est pas glamour et on fait tapisserie. Je me préoccupe de comment formuler “personnes autistes” et c’est normal mais je suis “la meuf bipolaire”. Je fais l’effort, mais personne ne fait cet effort pour nous, en fait. C’est dit sans rancune, c’est juste une observation. Il y a ce gouffre entre “iels” et “nous” (même si “nous” pouvons être “iels” parfois) : ici typique, ici divergent, ici sans espoir d’être valorisé-e.”

J’ai pu échanger avec des ami-es psychiatrisé-es et j’ai découvert que j’étais loin d’être seule à ressentir du rejet.

Je souffre de troubles bipolaires. Pire, je suis atteinte de troubles bipolaires.

Et lire que “atteint” c’est trop violent et que “troubles” aussi, je ne peux pas uniquement bien le recevoir. Je le comprends qu’on ne veuille pas de certains mots connotés. Mais à zéro moment on se demande comment les personnes atteintes d’un trouble psychiatrique vont recevoir cette connotation 😕

Moi, ce que j’ai lu, hier, c’est :
“Non, on est pas atteint-es non c’est pas un trouble, spectre c’est pas ça”
Le message est reçu, vraiment (not sarcasm, j’ai bien compris)

(Je me permets de rappeler aussi que je suis plus que très très probablement NA et que je suis la maman d’un enfant de 6 ans qui entre dans le parcours de diag TDAH, je ne joue pas contre mon propre camp, j’ai aucun intérêt à ça, au contraire)

Et en vrai je suis blessée par ce rejet de, finalement, ce que je suis. C’est un réel rejet que NOUS ressentons. “Tu as de la chance, tu aurais pu être vraiment folle” ou “Non non je suis neuroatypique, ouhla”. Le rejet de la psychiatrisation.

C’est sans doute pas volontaire, j’en veux à personne, j’ai paumé mon death note. Mais, sans rire, ce rejet cause beaucoup de dégâts et il en a causé hier, pas que sur ma pomme. Sinon j’aurais viré le billet.

Alors ce dont j’ai envie c’est qu’on se dise aussi que, parfois, la régularisation vocabuliaire provoque des choses. Ce que tu gagnes, parfois, tu le retires aux autres sans le savoir. Ce rejet du mot “trouble” et d’une “gradation” dans la “””sévérité”””, même si je le comprend, peut provoquer un gros gros malaise chez les personnes psychiatrisées qui sont soumises à ces termes toute leur vie.

☠️☠️☠️ Hier, j’ai pas vraiment passé une bonne journée. A moitié “monstre qui rate tout et qui manque de respect ferme ta page connasse” (that escalated quickly) et “Non mais je suis quoi, je suis tricarde chez les tricardes, je suis où ? Je dois m’appeler comment ? Est-ce que je dois juste faire le dos rond et oublier tout ça ?”

L’autrice de cette page est sensible, fragile même si elle parle mal. Je ne suis pas juste beaucoup trop de mots et d’emoji qui s’affichent sur ton écran. Ma vie n’est pas super fun, je ne suis pas juste une privilégiée qui s’exprime, je suis une concernée qui s’exprime.

J’ai le droit, et une amie me l’a rappelé hier (merci), de demander un peu de précautions aussi me concernant. J’avais envie de laisser couler et puis en fait, je ne peux pas, parce que je ne suis pas la seule dans mon coin à souffrir de tout ça depuis des années.

⭐ Rappel : je n’ai pas de difficulté à appliquer les changements qu’on me demande, au contraire. Mais j’ai envie d’y réfléchir, d’approfondir le truc au lieu de dire “oui ok” bêtement. J’ai aussi le droit de me vautrer comme une vieille merde en essayant de comprendre. Au moins, j’essaye et je sais réviser mon jugement au besoin.

Si je suis aussi TDAH (qui est un trouble), je serais toujours troublée de l’humeur, et c’est la “grosse” patho qui va prendre le pas. Le TDAH ne me pousse pas au suicide chaque putain de jour qui passe, le TDAH a des inconvénients mais pas celui de provoquer chez moi de véritables crise de rage destructrice, ce n’est pas le TDAH qui cause mes phases hautes et toute la merde qui en découle, ce n’est pas le TDAH qui me fait somnoler la journée, ce n’est pas le TDAH (ou ptet c’est lié mais à priori c’est les médocs) qui me tue ma mémoire à court terme, ce n’est pas le TDAH qui me fait partir en vrille, parfois, juste sur un mot (genre “trouble”). Les effets les plus dévastateurs sur ma vie ne sont pas liés au TDAH, de même que la schizophrénie “masquera” souvent tout le reste au profit du spectaculaire. Les autres nous réduisent à nos psychoses et à nos caractéristiques bizarres (“tu es lunatique ?”) tout en ayant PEUR de nous. La peur, je sais la lire dans le regard, maintenant. Je peux arriver au travail en disant “j’ai un TDAH”, je ne peux pas arriver au travail en disant “Je suis atteinte de troubles bipolaires, ne m’envoyez pas à la médecine du travail pour inaptitude plz”.

Ce sont deux choses manifestement différentes sinon on aurait pas tracé une ligne entre les deux concepts, mais les neuroatypies peuvent se montrer tout autant destructrices. J’ai pas de mot adéquat donc je te laisse compléter. Il y a des formes vivables des pathologies psychiatrisées, il y a des formes heu particulières des neuroatypies qui causent un fort handicap.

Le truc c’est que, vu depuis les psychiatrisé-es, ce rejet des termes nous définissant est blessant, car ça veut vraiment dire que la limite invisible existe. D’ailleurs, je n’ai eu, en presque 18 mois, qu’une seule une remarque concernant un terme mal employé en psychiatrie. Parce qu’on est habitué-es et sans réel espoir que ça change à un moment.

C’est TRES violent à recevoir.
Quand je lis un refus catégorique du terme “handicap” je me dis que j’ai encore beaucoup de boulot devant moi.

PS : merci pour les propositions pour la Mad Pride, je sais que ça part d’une bonne intention mais je rappelle que je suis à mobilité réduite, ce type de festivités m’est interdite à tout jamais et oui, je le vis mal. Donc heu…amusez-vous bien parce que vous avez la possibilité d’avoir une existence autre qu’en ligne, contrairement à moi ?

Oui, tout est à tiroirs, tout.

Et là, je vais couper car je dois voir mon podologue. Mon canal tarsien fait de la merde et j’ai un os qui s’est déplacé, je marche à 50% avec canne depuis plusieurs mois à cause de ça et je suis contente de pouvoir aller me plaindre à un mec qui va juste repousser l’inévitable effondrement plantaire.
Je vais devoir faire les trajets en social-traîtresse (Uber) parce que je ne peux pas marcher suffisamment loin pour atteindre l’arrêt de bus et que je dois me préserver pour les trajets école/maison.

Tsé quoi ?
Je sais que je vais me faire pourrir, mais je suis trop fatiguée, trop douloureuse pour que ça soit une préoccupation immédiate.

Parce que ma vie c’est aussi ça et j’avoue que c’est nettement moins glamour que si je disais que ma vie était trop dure à cause de mon HPI.
Concrètement, aujourd’hui, mon objectif est d’aller au rendez-vous (chaque rdv me pétrifie), aller chercher le petit et accomplir mes tâches ménagères quotidiennes. Je ne serai pas capable de plus. Je ne suis plus capable de faire plus. Je ne suis plus capable de “juste marcher”, je ne suis plus capable de tenir un livre trop lourd ou une manette. Certains mouvements du corps sont devenus physiquement impossibles, je commence à avoir du mal à faire mes lacets, je lâche des objets, un jour je ne pourrai ptet plus dessiner. Mon corps perd des fonctionnalités petit à petit, c’est absolument terrifiant et ça me gueule “achève-toi avant de devenir un légume” à chaque impossibilité supplémentaire.
J’ai une pathologie rhumato lourde, et tkt que le “lourde” je le sens passer.

👉 Si un jour je dis que la vie est trop dure à cause de mon HPI, tu sauras que soit ce n’est pas moi qui écrit, soit qu’il est temps de m’euthanasier.