Heures de réveil : 2h13, 3h25 (ankylose, chats, truc à écrire ici et maintenant)

Chaque jour, je perds une heure de sommeil.

Mais je ne vais pas me plaindre, j’ai déjà de la chance que tu me lises alors bon.

Hier j’ai eu un des pires commentaires que j’ai jamais vus. De la part d’une (à première vue) femme cisgenre bien intégrée dans différents groupes féministes.

Je cite :

🐦 “Mec cis de compagnie ?
Autant je comprend cette appellation légitime pour un peu trop de milliards de gars sur terre mais quand on cumule pathologie mentale, somatique + enfant neuroatypique et que monsieur est toujours là (de façons bienveillante en plus si j’ai bien compris) c’est quoi cette insulte gratuite ?
J’ai loupé un épisode ?”

J’ai limite envie de me laver les mains pour avoir recopié ce commentaire.

Et je viens de virer pas mal de posts sur pas mal de groupes. J’attends la notif qui me dira que la copie de la page est prête pour supprimer chaque billet relatif à mon enfant.

Maintenant, je vais me laisser reprendre un peu mon souffle.

Flemmega : 1, 2, 3, café (j’ai inventé une nouvelle posture hier je te la collerai dès que je peux, ça implique du café mais on peut le faire avec à peu près plein de choses)

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Je te fais grâce du descriptif de mes journées d’improductivité, rapport à ma maladie “somatique” (Tu utilises ce mot mais je crois que ce mot ne signifie pas tout à fait ce que tu crois qu’il signifie) et à l’enfant neuroatypique.

Tu vois, se péter la quasi intégralité de la charge mentale et émotionnelle, c’est pas rémunéré, donc ça compte pas.

Mon pauvre homme cis de compagnie a le luxe de pouvoir rentrer dans une maison à peu près vivable (je plie le linge tout à l’heure, ça compte ?) depuis 2007. Je crois aussi qu’en 15 piges il aurait eu le temps de se sortir de ce bourbier et nous n’aurions certes pas fait d’enfant ensemble si j’étais un tel boulet.

Là en gros, j’ai bien de la chance. Lucky me !

Et tu sais quoi ? J’ai mis des années (plus de 10) à comprendre que si, je servais à quelque chose. Tu sais pourquoi ?

Parce que je suis une pauvre meuf en situation de handicap et que j’ai bien de la chance d’avoir trouvé un partenaire qui me met pas sur la gueule.

C’est pas la première à me dire ça, et ça me tue.
Certain-es potes bien intentionné-es m’ont dit ça.

“Arrête de lui en demander trop, il travaille”
“Et ben…il est resté avec toi et tout, c’est beau, l’amour”
“T’es sûre qu’il en a pas une autre ?”
“Oui mais toi, tu es à la maison alors je veux dire, c’est normal”
“Bah d’un autre côté, avec ta pathologie…”


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Il m’a connue en profonde dépression, souvent. Il m’a connue après une relation toxique et violente, la perte de mon travail puis de mon logement. Il m’a connue en obésité morbide, il m’a accompagnée après ma sleeve et ne s’est d’ailleurs pas cassé quand j’ai pris beaucoup de poids préalablement à l’intervention.
Oui, je suis grosse, en plus d’être malade, je ne sais pas comment personne n’est venu m’euthanasier jusqu’à présent.

On me l’a beaucoup fait remarquer. Que mon mari n’avait pas divorcé avec les variations de poids ou les maladies, que j’avais bien de la chance de pouvoir vivre à ses crochets.

Sauf que je ne suis pas un déchet, en fait.

J’ai mis du temps à me sortir de cette culpabilité et me dire que j’apporte quand même deux trois trucs à la famille. En fait pour de vrai j’en suis pas sortie, parce que mon état “somatique” se dégrade lentement, que les petites merdes s’ajoutent aux grosses merdes, que je me vois diminuer graduellement et que c’est une situation qui relève de la torture. Se voir, voir son corps partir en cacahuète, compter les petites merdes qui s’accumulent, c’est plutôt très difficile.

Pire, c’est dans mon top 3 des raisons de mettre fin à mes jours. Parce que je ne sers à rien. Et pourquoi je ne sers à rien ? Parce qu’une meuf me l’a dit hier sur la page. Parce que beaucoup me l’ont répété à chaque fois.

“Tu as bien de la chance qu’il soit resté”.

Meuf, t’as bien de la chance que j’aie eu le réflexe de poser mon smartphone quand j’ai lu ton commentaire, parce que j’avais deux trois réponses VRAIMENT pas sympa à proposer, sur le coup. Une amie de passage et ledit mec cis de compagnie opprimé les ont eu, ces commentaires, et il y avait tellement d’injures dedans que j’ai revérifié que l’Enfant était bien au centre de loisirs avant de me lancer. Il y était.

D’ailleurs cet Enfant a bien de la chance que son père soit resté, hein ?


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Parce que les mecs, ça a le loisir de se casser quand ça va pas. Je n’ai pas les chiffres et ça me reloute de les chercher, mais en cas de maladie grave, pas mal d’hommes se font la valoche.

Moi, si il arrive un pépin à mon cher époux, je DOIS rester à ses côtés et si je le laisse crever, je suis une ordure.

👉 “Une femme sur 5 se fait quitter par son conjoint peu de temps après l’annonce de la maladie d’après une étude.”

👉 Chez les 18/39 ans, sur une période de deux ans post-diagnostic, 20,8% des femmes sont quittées, contre 2,9% chez les hommes. Les femmes ont 6 fois plus de chances d’être quittées après une annonce de cancer. L’étude ne porte que sur le cancer, m’enfin, on va pas pinailler, on a déjà UNE étude c’est pas mal.

Parce que les femmes restent, veillent, c’est ce qu’on leur demande.

Les hommes, eux, “ont des besoins” (les femmes n’ont pas de besoins en dehors de manger et dormir parfois plus de 25 mn d’affilée).

Il est donc perçu comme légitime de quitter une compagne défectueuse.

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Si on est pas sur du validisme de haute voltige, je sais pas sur quoi on est. Sur le dos d’un mammouth laineux, j’en sais rien, je t’en pose, des questions ?

Parce que je suis un rebut de la société, je ne peux que :
🗑 Écrire des billets
🗑 Inventer des postures d’une future discipline olympique à base de boissons chaudes
🗑 “Tenir” ma maison, décorer, changer les meubles de place, nettoyer de la pisse de chat
🗑 La ligne plus haut ne rend pas honneur à mon jour sans fin donc je le redis : c’est chiant.
🗑 M’occuper de la quasi intégralité des soins liés à l’Enfant : carnet de santé, bisoux magiques, rdv avec l’instit, culture, Minecraft, etc.
🗑 Enfant que je vais chercher durant la pause de midi car la cantine est trop bruyante.
🗑 Enfant que je vais chercher peu importe mon état physique, d’ailleurs.
🗑 Prendre soin de la santé de mon cisdude de vivarium en lui faisant les gros yeux parce qu’il ne voit pas l’ibuprofène qui est posé juste là, lààààà.
🗑 Veiller à son bien-être et percevoir quand il y a un pépin
🗑 J’ai dit que je pliais le linge aujourd’hui ou pas ?
🗑 Fournir comme je peux un support aux potes, même si je rame
🗑 Lancer des idées et des projets que je ne termine pas
🗑 Chercher, sans cesse, des outils, des idées nouvelles, proposer des activités, me faire envoyer chier 99% du temps, et recommencer
🗑 Subir mes traitement le moins bruyamment possible
🗑 Faire encore un million de trucs divers et variés
🗑 Faire rire mes proches avec mon humour de qualité

Donc ouais, franchement, j’ai bien de la chance qu’il soit resté vu qu’il porte la relation à bout de bras depuis toutes ces années. LE PAUVRE.

PS : je ne l’ai pas signalé plus haut mais le terme de “mec cis de compagnie” le fait rire, donc ça va, hein, il est pas au bord du gouffre. Il était atterré par le commentaire. Notre pote aussi. On a eu un grand moment de WTF et j’ai été le voir dans l’atelier (ce pauvre homme a un atelier qui fut un dressing auparavant, l’oppression est insoutenable) sans réussir à relire l’horreur que j’avais sous les yeux, ça a donné un résumé un peu pété et ce résumé tout pété (imagine une gamine de 5 ans t’expliquer sa journée) nous a fait rire.
Tu vois, ça aussi, ça compte dans l’équation : je fais rire mes proches et pas toujours à mon détriment. Je vais le rajouter.

Lucie Albretch pour curieux.live, clique pour les autres images

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Pis merde, d’où on fait des appels au productivisme ici ? Je ferais rien, je serais sans doute tout aussi valable. Mais tu sais, hein, ça marche pour les autres, mais pas pour soi.

J’ai tellement été bercée à la rengaine de la maladie (je suis malade depuis 25 ans, même ado j’étais déjà bonne à jeter et tkt qu’on me l’a dit) que j’ai intégré le fait de devoir “compenser” mon handicap.

“Ok, tu peux pas marcher, mais heu…T’as des mains ?”
(Oui on m’a dit ça, et pas qu’une fois)
(Non, celle que je préfère c’est “Mais tu ne peux pas faire de télétravail ? Tu as demandé ? Tu es sûre ?” nan je pouvais mais j’ai pas voulu, j’avais la flemme de faire un mail, quelle idiote de ne pas y avoir pensé dis donc.)

On DOIT produire.
Pis produire des trucs qui ont de la valeur monétaire, tu vois. On doit rentabiliser notre existence comme si chaque humain-e avait un ratio temps/emmerdement. Si tu franchis un seuil d’inutilité, on t’euthanasie ?

Je suis désolée, mais c’est la phase suivante de ce commentaire incroyablement mauvais. On est en totale pente glissante, m’enfin moi, je pense à ça parce qu’ON me le rappelle régulièrement : faut mériter de vivre. Si il faut que je mérite de vivre, alors ça implique qu’il y a une sanction si je ne prouve pas ma valeur.

🧹 Faut servir à quelque chose.🧽
Faut tout accepter de lae conjoint-e qui “supporte” notre état (c’est vrai que mon mari souffre beaucoup de ma spondylarthrite ankylosante, cette maladie somatique absolument pas documentée en médecine, des fois il a mal au dos pour marquer sa compassion et tout, cet homme est un héros) parce qu’on a bien de la chance d’avoir trouvé une personne à parasiter.

Et surtout, SURTOUT, il ne faut absolument jamais en rire et surtout pas insinuer quoi que ce soit sur les héros du quotidien que sont nos amis cis à poil long ou pas.


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Mon homme cis de compagnie (c’est long à écrire) a lu le commentaire, hier et heu…mmmmmmeh…il était pas super super content, tu vois ? Bon, on s’est marré-es, c’était amusant, tout ça, mais en fait on riait un peu de cringe au fond, hein.

Parce qu’au delà du fait que je sois à benner, y’a autre chose. Un truc un peu fifou, tu sais, un truc que tu penses que ça se passe dans le cœur mais qu’en vrai tout est dans ta tête, comme les maladies psychosomatiques.

Un truc qui fait qu’on a un enfant, qu’on dîne ensemble le soir, qu’on partage nos matinées, qu’on pense les un-es aux autres, un truc qui fait que les bisoux c’est quand même pas mal cool.

Nan ?

Jamais on peut se dire qu’on fait des trucs par amour ?

Admettons, je serais paralysée de la tête aux pieds, et il serait là, à mes côtés. Si jamais on lui disait “monsieur vous pouvez renoncer et partir si vous voulez” je sais qu’il resterait, tout comme je resterais dans les mêmes conditions.

Y’a autre chose que le productivisme à deux balles et la compassion très malvenue envers un homme qui fait, en réalité, juste son taff. L’autre taff. Celui qui rapporte pas d’argent.

Est-ce que cette personne serait prête à aller à l’IME à côté de chez moi pour dire aux gosses qu’iels sont foutu-es ? Que c’est pas la peine de chercher, qu’iels ne trouveront jamais personne d’assez con pour veiller sur euxlles ? Tu dirais ça à ces gamin-es ?


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On est dans la double gerbe. Gerbe commentaire et gerbe implications.

🤢 Gerbe commentaire, déjà, voilà, le truc se pose là et j’ai mis plusieurs heures à assimiler cette merde.

🤢 Gerbe implications car ce commentaire provient à priori d’une femme cisgenre de plus de 12 ans, présente et participant à plusieurs groupes féministes dont je fais partie. On peut tenir des discours validistes et prendre la défense de nos pauvres hommes opprimés tout en se sentant au pinacle de la déconstruction.

Du coup, ce matin, après ce billet, je vais faire ce que je sais faire de mieux et ce pour quoi j’existe : du ménage dans mes groupes mais aussi sur la page, car je ne me sens plus en sécurité dans ma propre maison. Si une meuf “féministe” arrive à instrumentaliser le petit, c’est que c’est le moment d’élaguer. Remarque, ça change, habituellement c’est certaines personnes en IEF et certaines personnes childfree (“y’en a des bien”) qui instrumentalisent ses déconvenues pour dire “l’école c’est satan” ou “encore une raison de pas faire de chiard”.

Ça change 🙄

Je vais y aller maintenant, la sauvegarde de la page est terminée ☠️