Un été au bunker

Bon, va faire chaud. Pas que la semaine prochaine. On n’est qu’en juin. C’est un aperçu de ce qu’on vivra année après année, Super El Niño après catastrophe climatique.

 

Le truc, c’est que les seul-es à se rendre compte du problème sont celles et ceux qui subissent leurs effets de plein fouet. Inondations, glissements de terrain, tsunamis, sécheresse, tornades et autres petites surprises terrestres.

Seuls les feux de forêts peuvent, éventuellement, pour le moment, aussi concerner les grandes villas californiennes.

Et encore. Une villa, un manoir, un putain de château, ça se reconstruit.

Va dire ça aux gens qui perdent tout en un claquement de doigts. Les gens qui n’ont pas d’assurance mirobolante.

 

Il paraît qu’à Dubaï, il fait tout le temps frais. Attends, les mecs ont des foutues pistes de SKI et la clim dans la rue. Le tout financé par les énergies fossiles, comme une mauvaise blague.

Et on nous parle de bilan carbone, d’éteindre la lumière en sortant des pièces, en faisant des efforts sur les pailles en papier. Comme si ça allait compenser toutes les émissions industrielles réclamées par une société de consommation en roue libre.

 

Les ultra-riches et trillionnaires (Bravo Elon, t’es content d’avoir volé autant d’argent ?) ne se posent pas la question. Iels en sont à l’étape suivante : prolonger et soutenir leur confort de vie malgré le climat. Habiter sous terre, oui, mais avec des canapés en cuir de rhinocéros blanc.

Lorsque leur villa californienne s’embrase, ce n’est pas si grave que ça, il y aura toujours un endroit moins chaud à portée de jet.

 

Hier, on a fait cours de sciences CM2 avec l’Enfant. Comme je suis une prof consciente de mon environnement, sans restriction liée à l’Éducation nationale, je lui explique l’envers de ses leçons.

La dernière fois, c’était sur le recyclage. Je lui ai raconté les décharges à ciel ouvert qu’on exporte en Chine et en Asie du Sud-Est. Les incinérateurs qui trient que dalle. Les mensonges qu’on essaye de nous faire gober à coup de poubelle jaune. Depuis, il a abandonné les compotes en gourde (enfin !).

C’est déjà ça.

 

Pourquoi ? Pour qu’on puisse surconsommer en toute conscience. Pour qu’on puisse jeter au tri, donner notre fast fashion, sans jamais se demander ce que deviennent nos produits une fois devenus indésirables.

On achète, on se sent bien 15 min le temps du déballage, on jette, on recommence.

Poubelle jaune. On oublie. On recommence.

Maintenant, il sait. Il comprend pourquoi il a des vêtements de seconde main. Pourquoi on est fâché-es de jeter de la nourriture. Pourquoi je tente de convaincre la maisonnée d’arrêter les produits animaux.

 

Mais même ça. T’as vu le PRIX des aliments de substitution ? À part cuisiner et calculer au plus près tes apports alimentaires, ce qui est tout à fait possible, le véganisme c’est tendax.

Je l’ai été, ça marchait bien. Qu’on ne me parle pas de carences, je n’ai pas eu besoin une seule fois de supplémentation en fer.

Par contre ça me demandait une logistique assez compliquée. Là, avec un enfant qui ne mange pas tout, qui n’aime pas sortir de son confort alimentaire, c’est compliqué. Avec mes diverses fatigues et maladies, c’est compliqué aussi. Je ne dis pas ça pour me justifier, hein ? Je pourrais faire mieux, je ne le fais pas. Je ne « travaille pas » (à part gérer l’ensemble du foyer, j’entends). C’est pourtant un parcours de santé que de gérer une maisonnée en éco-anxiété. Je ne fais pas d’effort.

Ma charge mentale est déjà au maximum de ses capacités, je dois faire quoi ? Rééduquer gustativement mon enfant à aimer les légumineuses ? C’est vrai qu’il ne fait pas d’effort, lui non plus.

L’Enfant ne sait pas encore tout sur l’industrie animale. Il a 10 ans, je ne vais pas lui faire mater « Dominion » ou « Earthlings » pour le moment.

Mais il sait que c’est problématique. À nous de gérer ensuite, de jongler comme on peut avec nos problèmes de pays riches.

 

Non, parce que, quand même, c’est vraiment des problématiques de pays riches. On a le choix, un choix parfois coûteux. Chacun de mes jeans, qui dure des années, me coûte 50 €. Alors ça dure des années, oui. Mais qui peut sortir 50 balles comme ça ? Pas tout le monde.

Tu connais l’histoire de Pratchett, celle de Samuel Vimaire qui achète des bottes solides une fois pour ne pas en acheter des pourries mille fois ? Bah il a pu investir, lui.

Ça coûte cher d’habiter une passoire thermique. Cher à isoler, si toutefois on le peut, cher à climatiser, si toutefois on le peut. J’ai vécu mon dernier trimestre de grossesse entre juin et août, 37 °C en intérieur, 42 °C devant le PC, 32 °C à la maternité. L’Enfant est littéralement né durant une canicule. Il est habitué.

Heureusement, parce qu’il n’en a pas fini, de suer.

 

Acheter des doubles vitrages, une voiture électrique… qui peut se le permettre ? Et ensuite on culpabilisera celles et ceux qui ne « font aucun effort ». Celles et ceux qui ne font pas leur part de colibri. Honte à ces gens-là !

Et tout ça se rejoint. Privilège d’être moins touché-es par les catastrophes naturelles et de pouvoir choisir un minimum. Privilège de faire disparaître nos ordures à l’étranger.

Au-dessus de nous, les privilégié-s des privilégié-es. Les personnes qui ne craignent pas grand-chose. Celles qui, au pire des cas, passeront leur été au bunker.