Heure de réveil : 5h11 (grasse mat 🥳)

CW : cishétéronormativité.
Difficile d’être à la pointe du djender parce qu’on va parler de Marx qui est mort en 1883 et Silvia Frederici est une féministe radicale/matérialiste de la deuxième vague qui a sans doute un avis sur la question mais dont j’ignore la teneur.

Hier j’ai eu la journée de merde absolue, avec cauchemar abominable et cruel où on me retire l’Enfant parce que je suis folle, avec la complicité de personnes avec qui j’ai rompu, et évidemment sans aucune possibilité d’agir, juste chialer. Du coup je me suis réveillée avec la nausée et ça a duré un moment. J’y ai pensé toute la journée et j’ai pu comprendre ce qu’il fallait que j’en retienne, en fin de journée. Encore une fois, une progression personnelle mais dans la violence.

Donc rien à voir mais hier j’ai demandé à Facebook si on était intéressé-es par des fiches de lectures de bouquins pas forcément abordables qu’on a pas forcément le temps de lire. Je pars dans tous les sens, absolument, mais c’est ma nature chaotique qui veut ça, go with the flow, meuf 😁

En fait je n’ai pas “le temps” de lire en journée, ça va me permettre à moi aussi de finir les bouquins que j’achète par pelleteuses.

⭐⭐⭐

Ce matin, je me suis dit tiens, on va commencer par un truc simple et funky, un truc facile et intéressant, on va commencer par Silvia Frederici.

🐦 “Silvia Federici, née en 1942 à Parme (Italie), est une universitaire, enseignante et militante, qui s’inscrit dans la tradition du féminisme radical et du féminisme matérialiste. Elle est professeur[e] émérite de l’université Hofstra, à Long Island dans l’État de New York, où elle enseigne les sciences sociales. Elle a précédemment enseigné au Nigéria pendant plusieurs années. Elle est aussi cofondatrice du Committee for Academic Freedom in Africa (CAFA), et elle est membre du collectif Midnight Notes.
(Wikipedia)

Je la connais pour le célèbre “Caliban et la Sorcière” que j’ai lu durant ma grossesse. J’avais plein de temps. Le livre a été critiqué par la suite sur des exagérations historiques, mais franchement, c’est pas grave parce que j’en ai retenu des trucs bien. Dans “Caliban”, elle explique un peu de capitalisme, un peu de patriarcat, c’est une lecture qui a énormément apporté à ma vision du militantisme.

🥳 Fun fact : j’ai prêté le bouquin à un cisdude qui ne me l’a jamais rendu. Si tu me lis : connard 🖕

👉 Ce matin, on attaque Le Capitalisme Patriarcal qui est paru en 2019 aux éditions La fabrique.

Quand j’ai dit simple et funky (c’est un test pour le lectorat né dans les années 80), je mentais, c’est absolument pas simple et funky, c’est un texte universitaire relativement complexe et, en gros, dans ma pile de bouquins, à part un autre Frederici, c’est le moins abordable. C’est ni simple, ni funky, mais c’est intéressant et j’ai vraiment envie de “vulgariser” un peu tout ça, justement. Ça fait partie des livres qui mériteraient moins de phrases de 3km et je ne sais toujours pas si c’est une bonne idée parce que je vais galérer ma race.

Mais bon 🤷‍♀️

Clique pour le lien vers le livre

👻👻👻

Introduction

On va parler du rapport entre marxisme et féminisme dans une analyse anticapitaliste.

🐦”Ce processus de jonction doit aboutir à une redéfinition mutuelle”
(p.7)

L’autrice précise bien qu’on parle ici de la pensée de Karl Marx, et non des idéologies qui se sont appuyées sur ses textes (Chine populaire, Union Soviétique), et que de base, il y a des éléments dont on doit se libérer dans tous les cas, tout ce petit monde n’étant pas à la pointe du féminisme, comme on le voit encore aujourd’hui dans les différentes entités militantes de gauche. Karl Marx a pensé beaucoup de choses hyper utiles, il a contribué au développement des idées féministes, mais c’est pas un passe-droit pour échapper à la critique.

🐦”Une vision universalisante de la société, du changement social, depuis un sujet unique, finit par reproduire la vision des classes dominantes”
(p.8)

Le sujet unique, le point de vue universel, je pense que tu sais qui c’est. Un homme. Blanc. Cisgenre. L’universalisme, c’est aussi dire qu’on ne voit pas les couleurs, qu’on ne perçoit pas les oppressions spécifiques d’un autre point de vue que le sien. Quand tu es un cisdude blanc, à la limite, tu t’en fous, parce que toi tu es représenté et tu es la norme, mais ça écarte toutes les personnes non blanches, par exemple. Alors que la pensée décoloniale est cruciale POUR TOUT LE MONDE tout comme les réflexions autour du genre. L’universalisme balaye tout ça en disant qu’on est toustes pareil-les. Non. Tous pareils. Au masculin.

🐦”Un autre apport de la contribution marxienne réside dans sa conception de la nature humaine. Elle est thématisée par Marx comme le résultat des rapports sociaux – non comme une chose éternelle mais comme le produit de la pratique sociale.
(toujours p.8 mais c’est l’intro, c’est important les intros)

Je ne savais pas que Marx avait pensé ce sujet de cette manière, mais j’y connais pas grand chose. C’est très intéressant, comme “découverte” car les conséquences sont importantes.

Cela dit, beaucoup de philosophes s’étaient déjà pris la tête en 53 211 copies doubles sur le sujet. J’espère qu’on va en reparler. Non, parce que c’est dans l’intro, normalement on doit en reparler, hein ? Hein ? On est ici dans la pensée de l’essentialisme : femmes et hommes sont ainsi par nature. Dans cette idéologie, les femmes sont naturellement dotées de capacités qui paraissent supra-normales pour les hommes : programmer un lave-linge, faire rire les enfants, faire chanter le soleil et tout le merdier.

🐦”Un troisième bénéfice tiré de Marx réside dans le rapport qu’il a établi entre la théorie et la pratique. Il a sans cesse insisté sur le fait que c’est en transformant la société qu’on peut en produire la connaissance, que la théorie ne naît pas ex nihilo, en soi, ou dans l’esprit d’un seul individu. Elle naît de l’échange social, de la pratique sociale.
“On garde également de Marx l’idée, absolument centrale, de travail humain comme source principale de la production de la richesse, surtout dans la société capitaliste. Enfin, et plus généralement, nous endossons l’analyse du capitalisme faite par Marx.
(p.9)

Ça c’est la phrase pour calmer les communistes qui lisent ce bouquin 😆
“C’est bon, tkt, ton héros de tous les héros a fait des trucs bien, reviens !”

Silvia Frederici parle ensuite de cet endroit reculé que sont les années 70 et du travail de réflexion féministe critiquant Marx, notamment dans le cadre d’actions pour la reconnaissance de la valeur du travail domestique. Là où ça devient intéressant c’est qu’on “découvre” les lacunes de la pensée marxiste, au niveau de l’oppression des femmes. L’universalisme ne permet pas cette finesse dans la réflexion : les femmes sont des hommes comme les autres, elles font juste des bébés en plus du reste. Ok, il en parle un peu, il mentionne qu’on se fait arnaquer, mais ça en touche une sans faire bouger l’autre, pour parler élégamment. Son regard sur les femmes porte surtout sur la classe, et sa réflexion sur le travail féminin dans Le Capital ne concerne que les travailleuses à l’usine.

Mais il n’aborde pas le travail reproductif. Ce qui est dommage parce que c’est de là où viennent les personnes qui travaillent. Sauf si les femmes font grève des mères.

Refuse de peupler la terre !
Arrête la fécondité !
Déclare la grève des mères !
Aux bourreaux crie ta volonté !
Défends ta chair, défends ton sang !
À bas la guerre et les tyrans !

Marx connaît le travail reproductif mais ne considère pas tout ce qui va autour : l’entretien de la maison, l’éducation des enfants, la cuisine, etc. Non. Le travail reproductif se fait tout seul, et effectivement, oui, les bébés naissent quoi qu’on fasse. Les gens se reproduisent.

🐦”En même temps, il pense que le capitalisme ne dépend pas de la capacité de procréation des femmes puisque les révolutions technologiques assurent la création constante d’une “surpopulation”; cependant, un indice évident de la préoccupation du capital et de l’État à l’égard du volume de la population est le fait qu’avec le capitalisme le contrôle des naissances exercé traditionnellement par les femmes s’est vu de plus en plus prohibé[…]
(p.14)

On parle ici d’IVG, de contrôle des corps et de la sexualité des femmes. Pourquoi forcer les femmes à avoir des enfants et tolérer que des femme puissent subir des grossesses les mettant en danger, si ce n’est pour s’assurer d’avoir de la main d’œuvre gratos qui arrive ?

👉 En note, Frederici ajoute qu’il ne considère pas non plus le travail des esclaves dans la production de richesses : sucre, thé, tabac, rhum, coton. Je la crois sur parole, c’est elle l’experte et je pense que, contrairement à moi, elle a lu le Capital et pas qu’une seule fois. Ici aussi, lacune qu’il a fallu repenser (et qui l’a certainement été par les personnes concernées). Et dans beaucoup d’écrits actuels, il manque encore cette réflexion sur le colonialisme qui est pourtant, heu, cruciale ? J’ai en tout cas pu voir l’absence de réflexion, voire la réactance totale, des militant-es concernant la décolonisation.

👉 On note également que Marx ne considère pas le travail du sexe comme un travail, mais comme une pure dégradation de La Fâme. Le plus terrible c’est qu’il n’évoque la sexualité que par ce prisme de la vente des corps. Le travail reproductif est naturel, on a dit, ça va de soi, alors on ne parle pas de sexualité puisque tout le monde sait à peu près comment ça fonctionne.

🐦 “Il continue à penser, comme Engels, que le développement capitaliste, et particulièrement la grande industrie, constitue un facteur de progrès et d’égalité. C’est la fameuse idée selon laquelle l’expansion industrielle et technologique abolit la nécessité de la force physique dans le processus de travail et permet l’entrée des femmes à l’usine, de sorte que s’instaure une coopération entre les femmes et les hommes, une plus grande égalité, libérant les femmes du contrôle patriarcal du travail à domicile, première forme de travail manufacturier au début du capitalisme.
(p.15)

Bonjour, 2022 à l’appareil : c’est raté. Je répète : c’est raté 😅
Ouais, on a toujours pas évolué sur l’idée du mec qui travaille et ramène de l’argent qui est à lui pendant que sa femme reste à la maison.

🐦 “Cette nouvelle domesticité a provoqué deux phénomènes : d’une part, le travailleur est pacifié, il est exploité, mais il a une domestique à la maison, d’autre part, le travailleur est plus productif”
(p.17)

C’est curieux, tiens, quand on oublie de penser aux femmes, elles se retrouvent dominées. On va dire que c’est un effet de bord, allez. Ohlala on ne s’attendait pas du tout à ce que le retour des femmes au foyer, libérées de l’usine, provoquerait des trucs et des machins. C’est ballot.

🐦 “Ce que Marx n’a pas vu, c’est que dans le processus d’accumulation primitive, ce ne sont pas seulement le paysan et sa terre qui sont séparés, mais c’est là aussi qu’à lieu la séparation entre le processus de production (production pour le marché, production de marchandises) et le processus de reproduction (production de la force de travail); ces deux processus commencent à se séparer physiquement, mais aussi à être mis en œuvre par des sujets distincts. Le premier est majoritairement masculin, le second féminin; le premier salarié, le second non salarié. Avec cette division entre salaire et non-salaire, toute une part de l’exploitation capitaliste commence à disparaître.
(p.20)

En note sur le sujet de “la technologie nous sauvera”, Silvia Frederici parle de son opposition à la GPA. C’est un élément important à mentionner pour la situer idéologiquement.

Frederici termine cette introduction en parlant de se réapproprier le travail de reproduction, le revaloriser, “dans la perspective de la construction d’une société dont la fin, dans les termes de Marx, serait la reproduction de la vie, le bonheur de la société même et non l’exploitation du travail”.

Je suis assez partante, perso.

Nous sommes en page 25/171, et le dernier chapitre portera sur le travail sexuel, donc STAY TUNED !