Lyhanna : and again, and again, and again…

Le père d’Estelle Mouzin l’a dit dans la presse : les lamentations de nos politiques sont surréalistes.

Hier, enfin ça dépend de quand tu me lis et de quand je publie, le corps de Lyhanna a été retrouvé dans un silo, après des jours et des jours de battues. Des oiseaux aux trajectoires inquiétantes auraient aidé à la trouver.

Cette préado – selon toute vraisemblance mais on va parler au conditionnel parce que la justice n’a pas sanctionné – aurait été enlevée par le père d’une de ses copines.

L’auteur présumé, et ça on le sait sans conditionnel, avait plusieurs plaintes pour agressions sexuelles et viols sur le dos.

 

Donc là, brouhaha, indignation, comment, quoi ?

La justice est lente ? Mais depuis quand ? Depuis les 400 millions d’euros retirés du budget ou de bien avant car nous vivons dans une société gangrénée par la culture du viol (oui mais « à la française » – très bon livre de Valérie Rey-Robert) et ce depuis au moins « pffffiout » à vue de nez ?

 

Je sais que la réponse est dans la question.

 

Et, comme la férue d’affaires criminelles que je suis a de la mémoire, je peux dire sans difficulté que les indignations et leurs motifs, sur ce type de cas, n’ont pas d’âge.

Pierre Bodein. Michel Fourniret, Monique Olivier, qu’on ne présente plus (et qui sont les auteurs probables de l’enlèvement d’Estelle Mouzin). Marc Dutroux. Patrick Tissier. Tony Meilhon.

Ce ne sont que des cas « récents » (1980/2010 à vue de nez)

Mêmes causes, mêmes effets.

 

Alors, perso, je ne pense pas que la prison soit une solution en elle-même. Ça peut être une mesure d’éloignement de la société et ça, je le comprends. Si tu as une personne qui tue dès qu’elle sort, ça la fout mal. Une petite pensée pour la psychiatrie en prison. Voilà.

Mais on sait aujourd’hui que laisser des hommes parler de leurs crimes sous supervision leur permet de prendre pas mal de recul. Si l’autre, qui a commis les mêmes faits que moi, me semble dégoutant, je le suis peut-être moi aussi.

C’est UNE initiative (très peu financée évidemment) parmi d’autres qui pourraient permettre de changer réellement les choses.

Mais la réponse purement répressive est plus rapide, expéditive, coûte moins cher.

Entasser les gens dans des casiers devrait les faire changer d’avis. Au mieux, ils crèvent plus rapidement. Loin des yeux, loin des évolutions sociales.

 

On prend la plainte, puis on la requalifie pour la correctionnelle (moins lourd) ou on la classe sans suite. C’est ça, aussi, les chiffres qui comptent dans les « dénonciations sans fondement », tu le savais ?

Rappel des chiffres, encore une fois :

☠️ Seule 1 victime sur 10 de violences sexuelles ose franchir la porte d’un commissariat ou d’une gendarmerie (environ 10% pour les adultes, et c’est encore plus faible pour les mineurs).

☠️ Rien qu’en France, on estime que plus d’une femme sur deux (53 %) a déjà subi une agression sexuelle ou du harcèlement au cours de sa vie. Chez les enfants, la CIIVISE a rappelé que 160 000 enfants sont victimes de violences sexuelles chaque année (soit un enfant toutes les 3 minutes).

☠️ 86 % des plaintes pour violences sexuelles sont classées sans suite. 94% pour le viol.

☠️ Moins de 1 à 2 % des plaintes pour viol finissent par une condamnation pour viol aux Assises (les effets de la correctionalisation).

 

Je pense qu’on peut dire que la sécurité des plus vulnérables n’est pas non plus la priorité du gouvernement.

 

Le narco-trafic, ça, c’est porteur. Arrêter des minorités racisées dans les banlieues ça fait du chiffre plus vite que de laisser parler des victimes et arrêter des gens très bien. Sans doute. Le gens est très bien s’il est blanc et de la classe moyenne-supérieure. Joker s’il pratique lui-même la politique ou s’il est un « monument de la culture Française ».

 

Nous, on est monuments de rien du tout.

J’ai été victime et j’ai définitivement renoncé à déclarer d’autres faits après avoir subi la justice. Mon agresseur travaille encore au contact d’enfants. Vu le bordel sans nom de la procédure et l’impact infini sur ma santé mentale, non, j’y vais pu.

Moi, j’ai pris perpétuité, comme toutes les victimes d’agressions sexuelles et de viols. J’ai pas eu de deuxième chance pour me reconstruire. Je suis même juste contente d’être en vie, j’ai eu du bol sur ce coup-là.

Ma colère est immense et grandit encore à chaque affaire où l’histoire bégaye. On le sait, on connaît les pratiques, les profils, les personnes à risque, mais il ne s’en passe pas plus qu’avant.

J’ai vraiment l’impression qu’on passe par pertes et profits. Une de temps en temps, qui tombe pour la gloire d’un ministre de l’Intérieur qui peut ainsi faire semblant d’être contrit.

 

Pourquoi tu crois que Sarkozy, ministre, passait son temps à écumer la télé pour s’indigner d’un système qui, en fait, dépendait de lui, connard ?

Il n’avait aucune raison de faire avancer les choses car ces affaires étaient de la publicité gratuite. Ça semble moche, mais je suis persuadée que c’était bel et bien son raisonnement.

On est des outils. Des chiffres qu’on peut manier à volonté. Nos vies, ils s’en balancent. La seule chose qui les intéresse c’est de nous instrumentaliser pour générer de la peur et de la défiance.

 

J’ai envie de leur dire de balayer devant leur porte, à tous ces indignés.

 

Qui a défendu le tonton qui tripote, parce que c’est un bon gars, c’est pas ce que tu crois ?

Qui a laissé sa fille aller à Betharram tout en sachant qu’il s’y passait du sale ?

Qui hurle au scandale quand des dizaines de femmes osent raconter leurs agressions par ces fameux « monstres sacrés » ?

Qui défend encore Cantat, Depardieu, Bruel ?

Qui traite de salopes des enfants de 12 ans qui l’ont bien cherché avec leurs tenues provocantes ?

Qui mate en douce des films olé olé avec des « teenagers » tout en affirmant que rho ça va elles sont majeures.

 

Les « qui » sont si nombreux qu’ils en deviennent invisibles.

 

Après tout,

c’est les femmes et les enfants qui trinquent…qui s’en préoccupe ?