Pick me, Patriiiick !

Pick me, Patriiiick !

 

Bon, plus jeune je n’écoutais pas Bruel.

 

Dans ma famille au capital culturel « élevé » on écoutait plutôt Brassens, Gainsbourg, Souchon, Léo Ferré, bref, que des gens totalement sains au dessus de tout soupçon (je déconne, c’était pour dire que les prédateurs peuvent aussi être de gauche tout en citant des exemples réels de mon enfance, ni vu ni connu j’t’embrouille).

 

Bruel, c’était de la chanson à minettes (Alors que les Beatles, que j’écoutais aussi, pas du tout).

Et il était passé chez Sevran ET Sabatier, double péché mortel.

 

J’ai donc découvert dans les années 90 avec une amie qui, elle, avait des posters de lui dans sa chambre et des images de magazines partout. Et heu. J’écoutais aussi pas mal de musique classique (évidemment), ça m’a semblé assez mal chanté et très pauvre niveau paroles.

 

Surtout, je ne comprenais pas son attachement à ce type même pas beau. Si il avait été magnifique, à la limite, j’aurais compris, mais non. Cette manière de célébrer la célébrité m’était inconnue, moi qui écoutais essentiellement des gens déjà mort-es.

 

Elle m’a aussi appris l’existence de 20 ans et de Jeune et Jolie, ce qui était bien plus amusant. Mais je m’égare.

 

Un jour, j’ai appris, avec environ zéro surprise, aucune, que Patriiiick était accusé de nombreuses agressions sexuelles et de viols.

Honnêtement ça ne m’a pas étonnée, même sans connaître le bonhomme. Les callouts de célébrités adorées sont devenues presque routinières, alors pourquoi pas lui ?

 

Néanmoins, je me suis mise à suivre l’affaire et ses développements. Un peu parce que je suis curieuse, beaucoup parce que je suis féministe.

 

J’ai donc découvert qu’il avait déjà été inquiété en 2020. Ça, je l’avais loupé, sans doute à l’ombre d’une petite pandémie.

Et là, malgré le nombre de femmes de même profil ne se connaissant pas du tout, paf, classé sans suite, circulez y’a rien à voir. Peu étonnant vu les chiffres de victimation que je ne vais pas encore ressortir (86% des plaintes pour agression sexuelles, 94% des plaintes pour viol n’aboutissent pas)(ah merde j’avais dit que je ne les ressortirai pas, zut, la bévue).

 

Automatiquement, celles qui portent plainte contre une star sont :

– intéressées par l’argent

– des hystériques

– auraient bien aimé coucher avec

– n’ont aucune conscience de ce qu’est le consentement

 

Et puis éventuellement :

– ce sont des victimes mais des cas isolés. Comment ça, plus de 30 personnes ça fait une classe de CM2 entière et il est difficile de parler de cas isolé ? Mauvaise foi.

 

Tout ça parce qu’on en veut à la gloire de Patriiiick et qu’on est de grosses rageuses. Pfffff.

 

Puis là, t’as Flavie Flament qui sort sa carte du Pokédex, ce qui entraîne d’autres femmes célèbres à parler, et on fait moins le malin, hein, Patoche ?

 

C’est dommage d’avoir attendu les déclarations d’une femme connue et appréciée pour annuler toutes ses tournées, mais je prends.

 

Et là, outre le patriarcat très bienveillant envers les « incartades » et la « séduction » d’hommes haut classés, on a les femmes qui réclament qu’on sépare l’homme de l’artiste car elles ont toujours ces satanés posters de lui 30, 40 ans plus tard, et que ça va les obliger à retapisser en entier après. Tu connais le prix du papier peint, toi ? Moi non plus, mais manifestement ça les fâche beaucoup beaucoup. En plus, maintenant, leur memorabilia a perdu de la valeur sur eBay.

 

C’est ainsi que Marie-Neige (celui là j’aurais pas pu l’inventer), une niçoise de 70 ans (ça non plus j’aurais pas pu le prévoir) poste une pétition « Maintenir les concerts de Patrick Bruel » qui a atteint les 9254 signatures sur change-point-org

 

« En France, nous avons des lois qui protègent les individus, telles que la présomption d’innocence. »

 

Bravo Marie-Neige.

 

Dans son interview à Nice Matin, elle dit :

« J’ai été travailleuse sociale et je connais ces hommes pervers. Je ne l’ai jamais senti chez Patrick Bruel.

 

Ok, j’ai rien dit on remballe tout, elle dit qu’elle l’a senti, ça plie le game pour ces « odieuses féministes »

 

Ah, attends. Elle poste sur son mur une image des ultra de l’OCG Nice, ultras d’extrême droite identitaires, narionalistes et régionalistes dont certains membres ont pu faire partie des Jeunesses Nationalistes Populaires.

 

Le commentaire ?

« A nissa la piu bella ❤️🖤 soit nice pour les insultes , on se bat pour les bonnes causes mesdames les féministes,

Rendez- vous lundi 19h devant le palais de justice de nice en solidarité pour cette petite fille et toutes les autres dont les vrais violeurs et assassins ne sont pas jugés comme il le faudrait — en colère, à Nice. »

 

On se rassemble donc pour Lyhanna, sans aucune mais AUCUNE arrière pensée politique.

Ce message me filant la nausée, je vais devoir faire une petite pause ici, je reviens.

 

Booooon.

Que dire. Que dire devant la double indécence ?

Qu’on a les soutiens qu’on mérite ?

Ouais on va dire ça.

Allez, reprenons-nous.

 

Ses avocates et collaboratrices aussi, ont parfois pris son parti. D’une part parce qu’il ne pouvait pas agresser tout le monde, surtout des avocates (faudrait un niveau de connerie encore plus abyssal que ça), sans doute par manque de temps, parce qu’on ne peut pas agresser tout le monde, parce qu’après les gens ils partent et qu’une bonne maquilleuse, quand on a 67 ans, c’est important.

 

Mais tkt, Marie-Neige a été travailleuse sociale, elle te repère un OQTF à 2 km, elle l’aurait senti.

 

Et puis Anny Duperey, actrice et photographe, n’a-t-elle pas dit dans La Dépêche :

« Quand les filles sont hystériques et qu’elles veulent quelque chose elles n’ont aucune pudeur. Aucune. Ça fonce une nana. Ce n’est pas plus doux qu’un garçon quand ça s’y met »

 

Voilà, je peux crier BINGO, je pense que c’est bon, on a une belle diagonale entre le monstre sacré, la présomption d’innocence, le « je l’aurais senti » et le victime blaming.

 

Et tout ça sans prendre un seul exemple chez les hommes. Je serais presque fière de l’exploit si, heu, ouais, je vais refaire une pause. Trop dur. On a beau faire des blagues et ironiser, ça attaque quand même de faire des recherches sur ce…truc.

Allez, on va toucher de l’herbe, la fumer si nécessaire, en tout cas moi je lâche l’affaire.