Enfin un sujet que je connais sur le bout des doigts !
Alors. Tu es dépressif-ve, ou un-e de tes proches l’est. Qu’est-ce que ça veut dire ?
Ce qui cause la dépression
Lorsque tu es en dépression, ton cerveau connaît un dysfonctionnement dans les molécules qui gèrent ton humeur, notamment la sérotonine, la dopamine et plein d’autres trucs qu’on continue à découvrir aujourd’hui.
Un état dépressif peut être causé par un événement déclenchant : Un deuil, une rupture, une perte d’emploi, une maladie…quelque chose dont on ne se relève pas.
Les enfances traumatiques sont un super terreau pour cultiver de la dépression. Être exposé-e à de la violence, même en tant que témoin, peut te foutre dedans très facilement.
C’est donc multifactoriel et difficile à traiter car difficile à cerner. Même en connaissant les éléments déclencheurs, cela ne suffit pas.
Symptômes de la dépression
- Tristesse persistante : sentiment de vide, de désespoir ou de mélancolie.
- Anhédonie : Incapacité à ressentir du plaisir, symptôme central de la dépression.
- Aboulie : Perte ou diminution significative de la motivation, de la volonté ou de l’initiative à agir, penser ou prendre des décisions.
- Apathie : aboulie + diminution des émotions et de l’intérêt.
- Autonégligence : Incapacité à subvenir à ses besoins de base.
- Ruminations : Pensées répétitives et négatives, centrées sur soi ou ses problèmes.
- Fatigue psychomotrice : Ralentissement des mouvements et de la pensée.
- Problèmes de concentration : Difficultés à mémoriser, à être attentif-ve, à se concentrer.
- Sentiment de culpabilité : Auto-accusations, sentiment d’inutilité ou de faute excessive.
- Irritabilité : Réactions disproportionnées, impatience ou frustration accrue.
- Troubles du comportement alimentaire : perte d’appétit ou, au contraire, hyperphagie
- Troubles du sommeil : Insomnie ou Hypersomnie.
- Fatigue ou manque d’énergie : sensation d’épuisement.
Tu peux chercher « Échelle HAD » pour t’auto-tester, tout en sachant que cela ne dispense pas d’une visite chez un-e professionnel-le de santé.
Que ressent une personne dépressive ?
Chaque dépression est unique. Je me lève sans difficulté chaque matin. Je fais mes corvées chaque jour. En revanche, ma mélancolie est coriace et mon anxiété crève le plafond. Depuis presque 30 ans, la dépression me colle à la peau sans interruption. Je suis motivée mais toujours triste.
Une autre personne pourra éprouver des difficultés à se lever, à agir, tout en étant moins sombre que moi.
Aussi, la recherche effrénée de plaisir peut aussi faire entièrement partie de la dépression, ce qui peut contribuer à la masquer.
En résumé : On sait qu’on ne va pas bien. On a des idées sombres. Une perte du plaisir, du désir. Une perte de l’envie de prendre soin de soi. Une douleur sourde et permanente qu’on veut faire cesser à tout prix, avec des substances, du sommeil ou même de la douleur physique (prise de risques, automutilation). Tout pour faire distraction. Personne ne se fait du mal par plaisir. Bon ok, si, mais c’est pas pareil, no kink shaming.
Par ailleurs, la dépression peut aller de pair avec autre chose, comme des troubles bipolaires, des troubles du comportement alimentaire ou des troubles du sommeil qui ne sont pas forcément que des symptômes mais doivent être traités comme un problème à part entière.
Le principal risque est bien entendu le suicide. Même « juste une tentative », ça compte. Ce n’est pas un appel au secours ou un truc comme ça, non, c’est un indicateur hyper important et grave.
La relation aux autres
L’entourage ne comprend pas toujours ces états de mal être. T’es la personne pénible qui ne veut jamais rien faire. Celle qui va mal même à Noël ou pour son anniversaire.
Petit à petit, on peut se retrouver exclu-e du cercle amical. On veut sortir, mais on n’y arrive pas, alors on annule la sortie. Et puis les choses ne progressent pas vite, même avec des médicaments on reste déprimé-e. Les gens ne comprennent pas que tous les médicaments ne fonctionnent pas comme le Doliprane : tu prends, tu as moins mal. Non. Parfois, cela prend des années avant de connaître un mieux, car la dépression ce n’est pas que la chimie cérébrale.
L’entourage joue un rôle crucial dans les rémissions. Pourtant, on s’isole et on sent bien que les autres en ont plein le cul, ce qui nous fait culpabiliser, désespérer et donc déprimer encore plus. On ressasse, aussi. Le ressassement peut être intéressant pour aller mieux, décortiquer les trucs permet parfois de les atténuer. Mais pour l’entourage, c’est très difficile à comprendre.
Vu de l’extérieur, on est bloqué-e, amorphe, sans volonté de changer, alors qu’on passe chaque instant à se battre.
Pour finir
Les personnes dépressives ne sont pas…
Juste tristes : Allez, un câlin, un bisou magique et ça va passer. Non.
Fainéantes : Au contraire, juste respirer nous coûte. Rester en vie nous coûte. On lutte de toutes nos forces. Nous dire « secoue-toi » empire la situation.
En recherche d’attention : Les souffrances psychiques peuvent être aussi fortes que les souffrances physiques. Sauf que là où une souffrance physique peut être atténuée par des anti-douleurs, la souffrance psychique est bien plus difficile à gérer. Mais comme on ne la voit pas, on ne sait pas l’évaluer d’emblée chez l’autre.
Faibles : La dépression peut toucher tout le monde, y compris les parangons de masculinité que sont les vétérans de guerre. Ce n’est pas une question de force ou de volonté.
J’espère que ce texte a pu aider les personnes ayant un-e proche en dépression. C’est important de comprendre. Et je sais que c’est difficile, mais ne lâche pas l’affaire. Les choses peuvent aller mieux. Soutenir, ça peut aussi juste être écouter, ne pas juger, ne pas toujours se sentir obligé-e de proposer des solutions. Ta présence est cruciale. On ne te demandera jamais de nous guérir, juste de nous accompagner.





