Voici le troisième billet sur la santé mentale, après celui sur les pénuries de médicaments et la petite explication sur quel médicament sert à quoi.
Alors, pourquoi cette épidémie de dépression, me demandes-tu ?
T’as vu ce monde de merde, réponds-je ?
Beaucoup, genre énormément de cas de dépression sont dus à un contexte social défavorable. Pas forcément lié à la précarité, les riches aussi sont fols. L’anxiété de réussir, de tout perdre, de ne pas pouvoir manger, de ne pas pouvoir travailler, de regarder la gueule de Bayrou aux infos (je te jure que ce mec est une cause majeure de mal-être), de voir des gosses crever à l’autre bout du monde ou juste en bas de chez nous alors que des connards louent Venise pour leur mariage…
CE N’EST PAS DE LA FRAGILITÉ
Ce sont des affections à la fois relatives à la chimie du cerveau et au contexte social anxiogène. Ces cons nous gaslightent en permanence. Dans un monde moins fou, on serait nous aussi moins fous.
Petit exercice. Pense à Gaza. Pense à Trump. Pense au JT de 20h. Voilà. Ton taux d’anxiété est monté naturellement. Rien dans les mains, rien dans les manches !
Si j’étais née dans un bocal, protégée, nourrie et tout le merdier, est-ce que je serais bipolaire ?
Une grande part de mon aspect dépressif a été causée par du trauma. Il doit aussi y avoir un aspect génétique, ou épigénétique (les traumatismes des parents modifiants l’ADN, c’est hyper résumé, tu en sauras plus en cherchant « épigénétique »), mais au delà de ça ?
Plusieurs de mes passages à l’acte d’auto-violence ont été en réaction à un stress intense infligé par une personne (homme ou femme).
Sans ce facteur de stress, je n’aurais pas [insérer ici manœuvre pas cool].
Un élément intéressant ici est le travail. Le dernier poste que j’ai pu occuper, mon dream job, a été ruiné par du harcèlement moral et de la discrimination au handicap physique. L’auteur a été puni, on a été 13 victimes, pas toutes folles. Mais un collègue totalement neurotypique a lui aussi songé à s’ôter la vie sur son lieu de travail. Le mec était stable, solide, en quelques mois il a été oblitéré moralement.
Le travail, son absence, sa recherche, est un facteur extrêmement répandu de début de phase dépressive. Le travail tue littéralement. Pense aux suicides chez Orange. Pense aux personnes qui bossent chez Amazon, dans des entrepôts où la surveillance est perpétuelle. Normal qu’à tous les niveaux de rémunération des personnes monitorées en permanence et soumises au stress d’un foutu tableur Excel, pètent des câbles.
Plus ça va, pire ça va. Si tu vas faire un tour de quelques heures sur les réseaux sociaux, tu comprendras que personne ne va bien, dans le monde, pas même les influenceur-ses millionnaires qui ont la pression de la perfection.
Il est d’ailleurs avéré que Tik Tok et Instagram créent des complexes chez les plus jeunes d’entre nous.
Faut il arrêter les réseaux ? Non. Il faut arrêter cette chasse à la perfection performative. Qui, plus que très souvent, est directement liée à des intérêts économiques ou financiers. Je n’ai pas envie de chercher ce que pèsent l’industrie de la minceur ou de la chirurgie esthétique en termes de thunasses, je pense que ça va encore plus me déprimer. Mais je crois que tu vois de quoi je veux parler.
Ce qu’il ressort, c’est que notre système économique a, plus ou moins directement, un impact sur notre santé mentale. La recherche d’un boulot dans un secteur en tension, pour se loger avec difficulté, élever ses éventuels marmots, jamais assez de TEMPS, jamais assez d’ARGENT, jamais assez de RIEN. Des relations qui se dégradent, un clivage de la population créé par nos chers politiques de leurs grands morts, il y a de quoi pas aller bien.
Ne pas aller bien, c’est presque devenu la norme. Le stress, l’anxiété, les injustices qu’on nous inflige sont tout sauf de la fragilité personnelle. Ne rendons pas la santé mentale le problème de chacun-e, comprenons qu’une grande partie du problème est systémique et non individuelle.





