Petit guide pour (ne surtout pas) soutenir une personne malade ou en détresse

Elle est là, toujours à se plaindre de tout ? Elle souffre et tu peux pas comprendre ? Voici un petit guide pour lui faire encore plus de mal et être un-e super pote toujours là pour pas aider.

« Je ne te vois pas anxieux-se ou déprimé-e »

Les diagnostics ne se font pas à l’œil nu. Beaucoup de personnes masquent leurs symptômes par habitude, par honte, ou pour ne pas « embêter » leur entourage. Invalider leur ressenti, c’est les pousser à enfouir leur souffrance encore plus profond. Comme si une apparence souriante effaçait la réalité des crises, des nuits blanches ou des idées noires.

« Arrête de te lamenter ! » / « Tu cherches juste de l’attention »

Ah, les « drama queens »… Comme si souffrir était un choix ou un spectacle. Oui, certaines personnes mentent ou exagèrent, mais elles sont ultra-minoritaires. Au nom d’une mauvaise expérience, tu généralises et tu nies la douleur des autres ? Bravo. C’est comme douter de toutes les victimes de viol parce qu’une plainte sur mille serait mensongère. Si tu penses ça, épargne-toi et épargne les autres : retire-toi de la conversation.

« Tout est dans ta tête »

Techniquement, cette affirmation est vraie. La preuve ? Si on me coupait la tête, je ne souffrirais plus. Le cerveau est le centre de la douleur. Pas contre, toi, tu es le centre d’un grand vide compassionnel. Mais c’est pas grave, c’est dans la tête.

« Fais un effort, sois optimiste ! »

Sauf que non. Quand tu es malade chroniquement, l’optimisme, c’est un sport de combat. On essaie les thérapies, les médicaments, les remèdes de grand-mère… et on continue malgré tout, parce que l’alternative, c’est abandonner. Croire que « ça va s’arranger » ne guérit rien, mais c’est souvent ce qui nous maintient en vie. On ne peut plus optimiste qu’un-e malade incurable.

« Je savais bien que tu n’allais pas bien » … Et tu n’as rien fait.

Félicitations, tu as remporté le prix du meilleur spectateur passif.

« Sors de chez toi ! »

« L’air frais, ça fait du bien ! » Oui, comme les 3 Xanax, le genou en feu et la sieste de 4h après 2h de sortie. On pèse déjà le pour et le contre entre l’épuisement et l’isolement. Ajouter de la culpabilité ne rendra pas les sorties magiquement indolores.

« Ça pourrait être pire »

Tu as raison. Je pourrais avoir un cancer en plus de ma maladie incurable. Ou vivre dans la rue. Ou perdre un proche. Mais est-ce que ça t’aiderait, toi, si on te sortait cette phrase à chaque coup dur ? Non. Alors garde-la.

« Moi aussi, j’ai mal au genou / des coups de blues, et je me plains pas »

Super pour toi. Maintenant, imagine chaque jour. Pas une mauvaise passe, pas une grippe : une vie entière avec cette douleur, cette fatigue, cette angoisse. Si tu peux « relativiser », c’est que ton mal est temporaire. Ou que tu es en déni.

« Oh, je connais quelqu’un qui a ça aussi »

Je suis coupable de celle-ci et je jure solennellement de ne plus jamais le dire. D’abord car chaque cas est unique, les pathologies ne se manifestent pas toujours de la même manière. Ensuite, parce que cela ne peut apporter quelque chose que dans un seul cas : la pair-aidance. Parfois, ça fait du bien de parler à d’autres personnes ayant la même pathologie. Mais, promis, je demanderai avant si cela est souhaité.

« Tu prends trop de médicaments ! »

Ah, les médicaments… Ces petits comprimés qui sauvent (ou du moins, permettent de tenir). Oui, certains ont des effets secondaires dégueulasses (cancer de la peau, immunité en PLV, constipation à faire pleurer un rocher). On les prend parce qu’on n’a pas le choix. Les tisanes et les câlins, on a essayé. Ça n’a pas marché.

« T’es allé-e voir un médecin ? »

BINGO. Comme si on avait pioché notre diagnostic dans un chapeau magique. Les années d’errance médicale, les ordonnances à rallonge, les examens humiliants… Oui, on a vu des médecins. Plusieurs. Et on continuerà à en voir, parce que personne ne choisit cette vie.

En résumé : Si tu veux vraiment aider, écoute. Demande « Comment puis-je t’aider ? » au lieu de balancer des platitudes. Sinon, tais-toi. Ta « bienveillance » mal placée fait plus de mal que de bien.