La bascule

Tu vois ? On y est vraiment.

Les choses ont évolué doucement, lentement, sans que les personnes non concernées le perçoivent.

Mais maintenant, c’est clair. L’Assemblée Nationale s’est levée pour saluer la mort d’un néonazi venu tabasser du LFI. Elle ne s’est pas levée, n’a fait aucune minute de silence pour les victimes de ratonnades.

La bascule, c’est d’avoir convaincu les gens que l’antifascisme était un mouvement délétère et criminel.

 

[Sarcasme incoming]

Parce que, bien sûr, c’est nous qui avons tué autant de gens dans les années 1940. Ce sont les antifas qui ont collaboré avec les nazis.

Nazis, qui, quelque part, n’ont rien fait de mal. Après tout, mettre fin aux souffrances des indésirables c’était même presque de la compassion.

Tout le monde n’a pas droit à la vie. C’est comme ça.

Est-ce que les propos ci-dessus te choquent, te heurtent, te mettent en rage ?

Félicitations, tu es maintenant ennemi-e de l’État. Tes velléités d’égalité sont devenues indésirables et si j’en crois la plupart des gens s’exprimant dans l’Internet mainstream, personne n’hésitera au moment d’ouvrir les vannes pour te gazer.

 

J’exagère ?

Affiche-toi d’extrême gauche dans l’espace public.

Je le fais depuis des années (ça se voit énormément sur moi grâce à quelques indices physiques ou vestimentaires) et je vois, je perçois les regards dégoûtés.

Le mois dernier, une grand mère a manifestement eu la nausée en me croisant dans la rue. Dans le bus, je peux deviner l’orientation politique d’à peu près tout le monde juste en regardant les gens, en voyant les regards fuir ou sourire.

Entre les deux tours de n’importe quelle élection, le monde change. Je ressens la haine encore plus fort, mais je reçois pas mal plus de sourires bienveillants. Car les gens sont sûrs que je vais faire barrage. Sûrs et certains.

Sauf qu’à un moment, il va falloir assumer d’être de gauche.

Tu te rends compte de ce que je viens de dire ? Certaines personnes ont peur de s’afficher comme étant de gauche, tandis que les fachos défilent tranquille dans les rues avec le soutien des forces de l’ordre.

 

La bascule a eu lieu. Lentement. Doucement. Définitivement.

J’en ai marre de me répéter, ça fait un moment. Mais…

Soutenir les victimes d’un génocide, c’est devenu mal.

Soutenir les personnes précarisées, racisées, musulmanes, non hétéronormatives, exilées, handicapées, c’est devenu mal.

Pourquoi ?

Parce que leur vie, nos vies, ne valent rien d’autre qu’un coup de fusil.

 

Non, mais assumez à un moment. Assumez le fait de soutenir une idéologie de haine. Ne vous cachez pas derrière des prétextes à rallonge sur des pseudo-faits économiques ou culturels.

Ces gens veulent asservir les précaires, les parquer dans les métiers pénibles à zéro reconnaissance. Mettre à mal la survie des malades chroniques et improductifs. Saboter les droits des personnes racisées, immigrées, racisées. On se plaint de la baisse démographique tout en se plaignant de ces gens qui font « trop d’enfants ».

L’hôpital devient impossible ou privé. Les franchises médicales deviennent hallucinantes. Le rail a été purgé, privatisé, devient inefficace et inaccessible. Les écoles ont de moins en moins de moyens, au profit des établissements privés catholiques qui laissent les gosses se faire agresser. La CAF te suspend tes allocs si ta daronne te donne un chèque à Noël.

Tout est fait pour cliver, donner des objectifs de vie inaccessibles, rendre la vie des moins aisé-es épouvantablement chiante.

 

Ici, désormais, la violence de classe, de genre, le racisme sont normalisés. Il devient plus facile de tenir des propos racistes que de réclamer des droits.

 

Moi, connement, je crois que tout le monde à le droit de vivre. Oui, même les gens de droite. Ça me fait mal au cul de dire ça mais même les violents méritent de vivre. Je ne suis pas particulièrement heureuse de la mort d’un jeune connard antisocial venu en découdre. Je sais qu’il faut achever les nazis, mais cette mort ne me réjouit pas plus que ça, parce que j’ai encore de l’empathie pour le monde. Crois moi, je préférerais ne pas en avoir.

 

Si un droitard tombe sur ce texte, il répondra sans doute « pas d’amalgame ». Mais écoute, Jean-Nuisible, fallait y penser avant d’amalgamer socialisme et terrorisme. Oh. Et va bien te faire cuire le cul aussi. L’extrême droite TUE.

« En France, sur 53 morts attribuées à des militants politiques entre 1986 et 2014, 5 impliquent des militants de gauche […] et 48 incombent à l’extrême droite.

Entre 2022 à 2026, douze homicides impliquent l’extrême droite, dont cinq pour la seule année 2022. »

(Source et article complet en libre accès : L’Humanité https://www.humanite.fr/societe/extreme-droite/mort-de-quentin-deranque-malgre-les-declarations-du-rn-la-majorite-des-crimes-politiques-sont-le-fait-de-lextreme-droite)

 

Va falloir se remettre à réfléchir correctement à un moment et remettre cette foutue église imaginaire au milieu du village tant fantasmé. On ne peut pas à la fois être de vieux hybrides Bisounours et hippies tout en étant des serial killers. Votre discours ne tient pas la route.

 

Surtout, lorsqu’on touche à VOS droits, lorsque vous tombez malade, lorsque vous devenez handicapés, lorsque vos enfants passent de mauvais moments à l’école, lorsque votre retraite est menacée, là vous vous réveillez car ça vous touche directement. Quand c’est les autres, on s’en fout. Mais pas touche à vos privilèges. Allez, la machine à tuer vous épargnera sans doute.

L’électorat de Trump le découvre actuellement de manière brutale. Nombreux sont les MAGA qui découvrent le programme en le vivant.

Oh bah merde, on a élu un fasciste.

Et nous, français-es, on se fout de leur gueule alors qu’on se prépare à faire la même connerie.

 

L’imbécilité du truc me rend encore plus folle que je ne le suis déjà.