Pénurie de médicaments à visée psy en France : pourquoi c’est très grave ?

Quétiapine, Fluoxétine, Sertraline, Venlafaxine, Paroxétine, Bupropion, Lithium Aripiprazole, Olanzapine, Risperidone, Clonazépam, Lorazépam, Diazépam, Mirtazapine…

Ce sont les 14 médicaments à destination psychiatrique qui sont en pénurie depuis le dernier trimestre 2014.

Pourquoi ?

À cause d’intérêts financiers qui nous mettent en danger.

En 2012, mon mari me disait “Quand même, mon cœur, tu es un peu parano, la santé c’est important en France”. C’était en 2012 et je disais « Tu verras, dans quelques années, ces connards remettront en question l’ALD et les premières personnes à pâtir des ruptures de stock seront les patient-es psy ». 13 ans après, il veut tout cramer et je lui dis que, hey, tavu, j’avais raison !

Comme j’ai le combo handicap physique/barjeotage, je me sens pas en super sécurité, tu vois ? L’ALD m’a sauvée d’une errance médicale coûteuse. Maintenant, à 43 ans, je gère ma vie, mais sans mes médicaments, tout s’effondre.

Sans Quétiapine, ma dépression et mes psychoses deviennent ingérables. J’ai pleuré devant la pharmacienne quand j’ai réalisé que je ne pourrais pas obtenir mon traitement fin 2024. Heureusement, feintes aidants, j’ai pu le reprendre. J’ai de la chance.

Parce que la Quétiapine, le Lithium, la Fluoxétine, c’est ce qui permet à ma dépression de rester vivable et à mes états psychotiques de rester dans le placard.

Je peux tenir sans opiacés. Je peux tenir sans anti-inflammatoires. Je peux tenir sans anti-TNF. Mais je ne peux pas tenir sans Quétiapine.

Sans ce traitement je suisun DANGER. Pas un danger pour mon entourage, mais un danger pour moi-même. La souffrance mentale est aussi intense que la douleur physique que je ressens avec la spondylarthrite. Je suis habituée, mais est-ce normal ? Dois-je souffrir pour le plaisir des actionnaires ? Nous cotisons aussi,nos aides sont imposées. On n’est pas les assisté-es qu’on décrit.

Je sais bien que la patientèle psy est la dernière des préoccupation de tous ces gens qui calculent notre rentabilité.

Je sais que je représente un index rentabilité/investissement. Heureusement pour le réarmement démographique, j’ai un enfant (TDAH, paye tes good jeans)et donc au moins une utilité : soutenir le foyer. C’est le seuil d’emmerdement acceptable que je représente.

Et lorsque ça ira trop mal, quand je coûterai trop cher, me proposera-t-on un suicide assisté en solidarité avec les autres personnes qui cotisent elles aussi car je suis bien égoïste de « creuser le trou de la sécu » comme ça ?

Depuis quand la sécu est censée être bénéficiaire ? Aucune idée.

Evidemment, que les patient-es psy prennent cher en premier. C’est un point Godwin des enfers, mais les premières personnes victimes d’assassinats de masse en Allemagne en 1939 étaient des patient-es psy (Aktion T4 : 70 000 décès).

Déjà, on fait peur avec nos bipolarités, nos schizophrénies, nos troubles divers et variés. Alors que le risque est surtout celui du suicide, tout le monde continue à se demander à quel moment on va dévorer les enfants des autres.

Bon. Martine. Si tu veux pas que je mange ton gosse, assure-toi que j’ai mes médicaments, non ? Ce serait plus logique.

On DISPOSE de solutions, on a des traitements qui fonctionnent, mais la psychiatrie est devenue un sport de combat. Lorsqu’on a finalement trouvéla personne qui nous soignera (et sérieux c’est pas gagné), lorsque l’errance thérapeutique fait place à un traitement stabilisant, on peut affirmer qu’on dispose de solutions pérennes et éprouvées.

Pourquoi nous priver de nos médicaments, si ce n’est juste par intérêt, ou même par flemme, par non envie de se battre, parce qu’iels se sentent pas concerné-es ?

Alors, stp Catherine Vautrin…tiens, un nom que je connais bien, t’es Ministre de la Santé maintenant ? La bonne blague.

Stp, Catherine, fais ton taff, fais au moins un truc bien de ton mandat d’assistée.

Sinon je mange tes gosses. T’es prévenue.