En ce moment, on assiste à une résurgence de l’éducation « à la dure » chez les boomers.
Selon eux, nous serions trop indulgents avec nos enfants, en faisant des fragiles incapables d’affronter le monde… un monde qu’ils ont eux-mêmes construit. Pourtant, cette violence éducative n’a jamais vraiment disparu.
L’éducation est profondément politique. J’ai connu des personnes issues de la bourgeoisie, voire de l’aristocratie, élevées dans la violence, comme dans ces pensionnats catholiques où les sévices étaient la norme. Certains, comme Bayrou, semblent même avoir oublié qu’ils avaient des enfants. « Moi, j’ai reçu des baffes, ça ne m’a pas traumatisé », entend-on souvent.
Pourtant, ces violences marquent profondément. Lorsqu’on grandit dans un tel environnement, on ne reconnaît plus la violence et on la reproduit, convaincus que c’est la seule façon d’élever des enfants « solides ».
Dans les livres d’éducation, de Fénelon aux guides des années 1960, l’enfant est décrit comme un être à « dresser ». Les filles devaient devenir dociles et silencieuses, les garçons téméraires et prêts pour la guerre. Entre 1870 et 1950, cette obsession du dressage s’explique : l’Europe vivait sous la menace permanente des conflits. Même après 1945, la « génération silencieuse », traumatisée par les guerres, a perpétué cette rigueur. Par peur d’un nouveau conflit ? Par égoïsme ? « Si j’ai souffert, pas question que mes enfants se la coulent douce. » L’exemple est caricatural, mais révélateur : « De mon temps, à Noël, j’avais une orange, alors pourquoi ces petits cons auraient une PS5 ? »
À partir des années 1950, les perspectives de guerre mondiale s’éloignent, mais l’éducation reste la même. Personne ne savait combien de temps durerait la paix, alors on a continué à dresser les enfants comme si le pays allait être envahi demain. Résultat : une génération élevée dans la peur et la soumission, incapable de gérer les conflits autrement que par la force.
Pourtant, propager la violence ne résout rien. Une génération élevée dans la bienveillance saurait peut-être mieux communiquer, mieux gérer ses émotions.
La vraie bienveillance, ce n’est pas éviter toute frustration, mais apprendre à exprimer ses besoins et à poser des limites sans recourir aux coups. Quand mon fils arrive à régler un conflit sans frapper, c’est une victoire.
Mais pour beaucoup, ne pas utiliser la violence, c’est être faible. Une mère m’a un jour dit, face à la violence de son fils de 6 ans : « Moi, je l’élève en homme. Si le tien a été blessé, c’est qu’il est une mauviette. » Comme si la bienveillance était synonyme de lâcheté.
La question n’est pas d’éviter les difficultés, mais de les surmonter sans reproduire ce qui nous a brisés.
Peut-être qu’un jour, une génération élevée sans violence brisera ce cycle. Et si, au lieu de perpétuer la violence, on essayait d’élever des enfants capables de construire un monde moins brutal ?





